Blogueur, animateur, producteur, humoriste et maintenant auteur, Cyrille de Lasteyrie alias Vinvin fait figure d’électron libre dans à peu près tous les milieux professionnels… Après avoir exercé pour la publicité et créé son blog en 2005, voyagé, animé diverses émissions à la télévision comme à la radio, joué au théâtre et produit des séries, Vinvin revient à ses premières amours et publie ses Tranches de vie, un recueil de textes courts, moments –précieux- du quotidien… tous notés sur 20 ! Retour sur cette aventure avec ce Grand Duc pas comme les autres.


Les Grands Ducs : D’où est née l’idée de ce livre ?

Vinvin: Cela fait plus de quinze ans que j’écris des textes courts. Il y a six mois, je prends un thé avec une éditrice, lui expliquant que je n’arrive pas à écrire mon roman, que j’ai beau tourner la chose dans tous les sens, je n’aime QUE les textes courts. Alors elle me dit une phrase d’une grande sagesse : « tu n’as qu’à écrire que des textes courts ! ». C’est fou comment parfois le bon sens vient des autres… Je me suis donc mis à écrire à nouveau, libéré, délivré, des semaines durant, plus de 90 nouveaux textes, auxquels j’ai ajouté une vingtaine des années précédentes et qui roupillaient, inutiles, dans les archives numériques. J’ai compilé l’ensemble et passé des longues journées à les ordonner pour donner naissance à une nouvelle histoire, plus grande que la somme d’entre elles. Le recueil était né.

Pourquoi pas un éditeur traditionnel ?

Je voulais vivre le circuit du livre dans ma chair. Je voulais comprendre comment il se conçoit, se fabrique, les contraintes de diffusion et de distribution, et surtout j’avais envie de le vivre intensément d’un bout à l’autre. Pas question de signer un contrat de droits d’auteur avec une maison, d’envoyer le manuscrit à l’impression et de prier pour qu’ils se passe quelque chose. Quitte à en vendre 300, je voulais les vendre un par un. Et puis je tenais à ce que ma fille de 13 ans réalise la couverture du livre et je sentais qu’un éditeur traditionnel rechignerait face à cette liberté…

Un moment marquant dans ta campagne de levée de fonds en crowdfunding ?

Il y a eu deux moments marquants. Le premier au bout de cinq jours quand j’ai atteint le palier fatidique des 8.500€ dont j’avais besoin pour gérer l’opération de bout en bout. Le deuxième quand j’ai atteint le deuxième palier me permettant d’inviter (et donc de rémunérer) dix dessinateurs professionnels à illustrer dix histoires du livre. Quand j’ai eu Ptiluc au téléphone, c’était comme parler à Mick Jagger. Le mec avait bercé mon enfance avec ses personnages de rats, et voilà qu’il acceptait de participer au projet !

Pourquoi intégrer des dessinateurs dans le livre ?

J’aime les livres-objet. Ma liberté totale sur ce livre me permet de tout tenter. J’adore le dessin mais je suis une bille, et les pros me fascinent. Donc puisque le moteur du livre est le plaisir, autant y aller à fond ! J’ai également intégré un cahier central de photos au cœur du livre, comme dans les ouvrages de notre enfance. J’adorais les livres avec des photos parce que ça permettait de faire un bond dans les pages sans être obligé de lire, et puis surtout parce que j’aimais ces photos noir et blanc qui permettaient d’en savoir plus sur l’auteur, sa vie, sa famille. Les éditeurs ont peu à peu abandonné cette coquetterie pour des raisons économiques, mais le financement participatif m’a permis de passer par-dessus cette contrainte.

Pourquoi ce titre ?

En 2004, quand j’ai ouvert mon blog, j’ai cherché un concept éditorial simple qui me permettait de trouver facilement des titres pour mes posts. J’ai imaginé noter tous les événements de ma vie sur 20. C’est comme cela qu’est né le blog « 20/20 peut mieux faire » à l’origine de mon pseudo, Vinvin. J’ai repris le système pour le livre, pour que les gens picorent les histoires librement en fonction des notes et des sujets, drôles, tristes, absurdes, profonds ou très superficiels. Cela donne donc des « 06/20 à mon proctologue », « 03/20 à ces crétins de moutons », « 10/20 à l’hostie », « 04/20 au latin dans les muqueuses », etc… Il y a 112 histoires qui correspondent à 112 notes sur 20.

Si on veut économiser le prix du livre, tu peux nous en donner le message central en une phrase ?

Je ne suis pas du genre à donner des messages, mais si vraiment vous insistez, je dirais qu’on fait ce qu’on peut pour vivre, qu’on fait des grandes et des petites choses, et qu’à la fin de la foire, quand on comptera les bouses, il faudra à tout prix éviter les regrets…

C’est ta fille qui a dessiné la couverture, cela ne te dérange pas de faire travailler les enfants ?

Ma fille veut devenir dessinatrice professionnelle. Elle a 13 ans et cela fait quatre ans qu’elle dessine deux heures par jour. J’avais envie qu’elle participe au truc. Elle ne l’a pas fait pour rien, je lui ai ouvert un crédit à la papeterie, où elle dépense chaque mois le PIB du Qatar en feutres, papiers, etc.

Quelle suite donnes-tu à cette édition faite maison ?

Eh bien, l’aventure se poursuit avec une rencontre. En pleine opération de crowdfunding j’ai rencontré Xavier Wargnier des éditions Kawa, une petite maison qui monte. Il a kiffé le projet et m’a proposé qu’on le poursuive ensemble. Il m’a dit « t’as le texte, t’as les dessins, t’as l’imprimeur… t’as tout, c’est dommage de s’arrêter à mi-parcours ! ». Et voilà, le livre est distribué en librairie et dans tous les bons réseaux depuis le 4 mai, comme les autres ! Je voulais apprendre et vivre une aventure, je suis servi !

Après le one-man-show, le livre, à quand les conférences et le documentaire ?

En fait je donne déjà des conférences, c’est de cela que je vis principalement. J’y parle de nous, les humains, et de la quête de sens dans ce merdier technologique. Quant au one-man-show, mes rumeurs se précisent pour un retour sur scène en fin d’année… J’y travaille !

 

Thierry Richard
Photographies :  Bénédicte Karyotis, Stéphane Lavoué et Rodrigo Sepulveda Schulz

20/20 Peut mieux faire ! Tranches de Vie
Cyrille de Lasteyrie alias Vinvin
Editions Kawa
Disponible en librairie et sur Amazon
24 €