Une couverture sobre, de couleur aubergine et l’esquisse limpide d’un verre, en blanc. Un intérieur austère, lui aussi : aucune photo ! Anti-cocktail ? Certainement pas : un livre d’initiés, hommage posthume à Sasha Petraske, le fondateur du mythique bar Milk & Honey à New York.

Un livre chargé d’émotion et l’impression de rencontrer un ami trop tôt disparu : car, Sasha, né en 1973, aura à peine passé la quarantaine. On a le même âge, mais lui n’est plus là.

75 recettes soignées, chacune accompagnée d’une anecdote – de son épouse, de ses pairs et potes, de ses parents : Sasha qui mixe, Sasha qui dose, Sasha qui frappe. Sasha qui swingue, Sasha qui partage, Sasha qui inspire. Parti de zéro, il a en effet inspiré une génération entière de barmen américains, en consacrant sa vie à la mixologie, sans esbroufe. Anachronique, l’artisan trace son sillon, cultive sa différence et travaille en bretelles – tout un symbole ! Son obsession : faire des cocktails parfaits, par goût de l’effort, par générosité et par amour du geste juste.

Sasha Petraske désindustrialise le cocktail, arrête l’abattage et fait du Mad Men, alors que Big Apple vibre à Sex and the City. Sa passion est contagieuse. Le sommeil vient. L’esprit vagabonde de Seaplane en Sugarplum et autres Deep Blue Sea.

Son ami Robert Simonson décrivait ainsi sa philosophie : « précision, élégance, sophistication, simplicité, dévouement. Le Milk & Honey était ‘une oasis secrète de qualité dans le désert’. De bonnes boissons servies par des barmen consciencieux à des consommateurs aptes à les apprécier et se comportant dignement. C’était beaucoup demander. Le miracle est qu’il a réussi. »

 

Alix Capet

L’art du cocktail
Sasha Petraske et Georgette Moger-Petraske
Editions Phaidon – 29,95 euros