La corsa più bella del mondo! C’est ainsi que les Italiens et que tout amateur d’automobile décrivent cette course à nulle autre pareille : 1600 kilomètres aller-retour, à vive allure, jour et nuit entre Brescia et Rome… C’est sur ces routes que se sont écrites de nombreuses légendes du sport automobile, que tant de pilotes sont entrés dans l’histoire, que Ferrari, Aston Martin, Mercedes, Alfa Romeo, Jaguar ou Porsche se sont battus…  

Véritable épreuve d’endurance pratiquée sur route ouverte dès 1927, la course s’est interrompue en 1957 à la suite de l’accident mortel du pilote Alfonso de Portago et de neuf spectateurs avant de renaître sous la forme d’une évocation historique.

Pour fêter les 90 ans des Mille Miglia, les Italiens n’ont pas fait les choses à moitié : 460 équipages venus du monde entier, 12 du Japon notamment, mais aussi de Pologne, de France, de Hong Kong, d’Inde et beaucoup de teams argentins et américains… Tout le gratin de l’automobile est là, les ex-champions du monde, les pilotes de F1, les directeurs de course sans oublier les mannequins, les designers de renom, les acteurs et les collectionneurs connus. BMW, Mercedes ou encore Chopard viennent avec des autos uniques sorties de leurs réserves ou de leurs collections, Ferrari ouvre la course avec 80 automobiles historiques et modernes, AMG dépêche des autos de course en support et zou… Jeudi en début d’après-midi, Brescia retient son souffle : la première auto une OM part à la conquête des Mille Miglia.

La première étape entre Brescia et Padoue n’offre aucun intérêt pour ce qui est des routes empruntées, mais peu importe ! L’événement est de telle ampleur qu’un policier ou bénévole bloque chaque carrefour pour laisser filer les autos qui ont créé leur propre troisième voie centrale. Les équipages roulent vite, très vite même avec quelques intermèdes pour des épreuves spéciales plus lentes ou des traversées de ville historique… L’occasion d’y admirer de près des oiseaux rares et précieux : Bugatti 59 entre les mains du designer Marc Newson, Mercedes 300 SL prototype ex-Panamerica confié à Toto Wolf, le directeur de Mercedes F1, nombreuses Maserati A6 GCS, Jaguar Type C et une Type D, Mercedes SSK, Alfa Romeo 6C ou 8C, Lancia Aurelia Spider America, Fiat 8V, Cisitalia et barquettes Ferrari 500 Mondial ou 375MM… La liste serait trop longue mais elle donne vite le tournis !

Boire des Fernet Branca à une heure du matin en voyant débouler une Ferrari V12 de 1955 ou 5 Mercedes 300 SL à la suite dans les vieilles rues de Padoue avec des pilotes venus du monde entier n’a pas de prix. La dernière auto arrivera cette nuit-là à deux heures et les premières repartiront à six heures et demie dans une organisation qu’on qualifiera d’italienne… La route vers Rome est longue et par instants superbe et vallonnée. Elle offre une pause-déjeuner à Saint-Marin au terme d’une longue côte très embouteillée, fatale pour une vingtaine d’autos… On repart ensuite, toujours à très vive allure vers la Villa Borghese à Rome, où une tempête des plus impressionnantes accueillera les derniers arrivés vers minuit.

Quelques trombes d’eau le lendemain matin ne décourageront pas les pilotes d’avant-guerre incités à rouler toujours plus vers Sienne, Modène et Parme. Là encore, beaucoup d’autos termineront l’étape de nuit en traversant notamment les superbes montagnes qui surplombent Modène… A peine quatre ou cinq heures de sommeil plus tard, il faudra repartir. Cette dernière demi-journée sera d’ailleurs des plus festives, les familles installant leur déjeuner dominical sur le bord des routes, les villes traversées se parant de drapeaux, les collectionneurs locaux sortant leurs Fiat 500 ou Alfa Romeo Bertone…

L’arrivée à Brescia est un mélange de fête et de vague à l’âme. Ces trois jours intenses sont passés si vite !  Mathieu Lamoure, directeur du Département Automobiles de la maison de ventes aux enchères Artcurial, venu participer en Aston Martin de 1934, aura su égayer les cœurs avec un chant d’opéra au micro officiel du speaker de la course. Le monde entier gare ses autos en double-file dans le centre historique de Brescia avant de prendre date pour l’an prochain. Pour notre part, nous avons vite filé à Venise boire un dernier Fernet Branca

 

Etienne Raynaud (texte et photographies)

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