« Joyaux » est une réussite aussi éclatante que les pierres précieuses qu’elle met en scène. Un décor élégant, une pédagogie affirmée et des bijoux hors du commun sont les ingrédients de cette scintillante exposition.

Messieurs les Grands Ducs, avant d’emmener votre moitié au Grand Palais pour admirer les joyaux de la collection Al Thani, soyez avertis : tous les bijoux dont vous pourriez l’avoir couverte jusqu’à présent feront sûrement pâle figure à côté des merveilles réunies dans la collection d’Hamad Al Thani, prince de la famille régnante du Qatar. Passionné par la joaillerie indienne, ce dernier a regroupé de nombreuses pièces du XVIème à aujourd’hui. L’exposition est également enrichie de prêts de musées prestigieux et de particuliers chanceux.

Tout commence en 1526 et la fondation de la dynastie moghole. Les parures d’exception aux pierres gravées du nom de leur propriétaire deviennent un instrument du pouvoir et fascinent les Européens reçus à la cour de Zahir ud-din Babur et de ses successeurs. Ce goût des bijoux de cour se prolonge ensuite au gré des transformations politiques de l’Inde. Ces dernières sont évoquées avec suffisamment de précision pour donner au visiteur un cadre historique sans pour autant devenir rébarbatives. Aux XVIIIème et XIX siècles, alors que l’Inde est sous domination anglaise, les formes et matériaux typiques de la joaillerie indienne (émail, jade, tailles rondes respectant la forme originelle de la pierre) s’enrichissent des techniques européennes comme la taille en facettes et les sertissages ouverts. Les Maharajas dépossédés de leur pouvoir politique se consolent dans les lumières éblouissantes de Cartier et s’enivrent d’art moderne.

Mais aucune influence, aussi importante soit elle, n’est jamais unilatérale. L’Europe à son tour se passionne pour ces parures exotiques. Les joailliers s’inspirent des modèles indiens pour proposer à leurs clients un aperçu du bout du monde. Ils achètent des pierres traditionnelles, rivalisent d’audace. L’exposition se clôt avec la création contemporaine entre Cartier, JAR et Bhagat. Ces trois marques d’exception ont assimilé avec grâce le meilleur du mélange de deux univers, plaidoyer rayonnant pour les échanges entre les artisanats et les cultures. La muséographie choisie par le commissaire de l’exposition rend justice à ces bijoux d’exception : lumière tamisée, hauteur sous plafond impressionnante et rideaux en pluie d’or font forte impression. Une visite idéale pour découvrir l’histoire de l’Inde, pour découvrir la joaillerie… voire pour faire le plein d’inspiration avant votre prochaine commande chez votre joaillier. Décidément, ces joyaux-là sont éternels.


Louise Bollecker

Des Grands Moghols aux Maharajas. Joyaux de la collection Al Thani
Grand Palais, 3 avenue du Général Eisenhower,
75008 Paris
Jusqu’au 5 juin 2017 | Tous les jours, sauf mardi
10 h – 20 h. Jusqu’à 22 h le mercredi.