« Faire, faire des choses, assembler, peindre, découper, coller, visser, clouer, raboter, lisser, polir, occuper l’espace (…) » Comment mieux décrire le travail de Pucci de Rossi, artiste-designer italien né en 1947 à Vérone ? Ces mots, tirés de sa vidéo-portrait Ergo Sum réalisée par les JandJ en 2011, pourraient faire figure de manifeste. Pucci est ce qu’il fait. Un personnage haut en couleurs qui transgressera, à travers ses créations, l’idée d’un quotidien fonctionnel au profit de truculents meubles-sculptures. 

Pucci de Rossi s’installe à Paris en 1979. Ses premières pièces constituées de morceaux de bois récupérés ont un air d’Arte Povera. Memphis est passé par là, le débat en art et design s’est éteint. L’idée « d’habiter l’art » s’épanouit avec les « meta-meubles » émanation de Meta Memphis qui prône un style de meubles à l’aspect plus proche des caractéristiques d’une oeuvre. Cette confusion est symptomatique de la post-modernité.

La perversion de l’usage, la sensualité des matériaux, la dérision des formes sont autant d’attributs de ses pièces. Pucci sublime ces objets du quotidien. ll détourne avec humour lampes, fauteuils, étagères… Le mobilier se fait oeuvre. Un sentiment d’étrangeté, d’instabilité hante ses créations.

L’artiste connaît le succès de son vivant. Dès 1990, la galerie Downtown présente ses pièces puis en 2011 avec l’exposition Noce de Bronze. Pierre Staudenmeyer fondateur de Néotu expose la série Mobili Brutti en 1991. En 1993, une autre exposition au VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) puis une collaboration en 1994-1994 avec le CIRVA à Marseille. A cela s’ajoute des collectionneurs prestigieux aux personnalités aussi fantasques que la sienne : Jean-Claude Binoche, commissaire-priseur, Hubert Boukobza, ancien propriétaire des Bains Douches, Jean Granjon, fondateur de Ventes Privées…

Pucci de Rossi s’éteint en 2013 à Paris des suites d’un cancer. L’hommage qui lui est rendu n’a rien de funeste. L’irrévérencieux personnage a mis en scène lui même cette sortie. Crépuscule au Théâtre de Paris fut sa dernière fête.

Le printemps 2017 est marqué par le revival Pucci avec une série d’évènements célébrant l’artiste. La maison de ventes aux enchères Sotheby’s organisait, le 17 mai dernier, une vacation réunissant un bel ensemble provenant d’une collection privée. L’exceptionnel bureau qui y était présenté s’est adjugé 18.750 €. Cette pièce unique « entre futurisme et archaïsme » selon les mots de Jean-Louis Gaillemin (auteur de la monographie à paraître aux éditions Norma, juin 2017) synthétise à elle seule l’esprit de Pucci de Rossi.

Le 1er juin, c’était au tour de la la maison de ventes Tajan de proposer une trentaine de lots issus de « l’Univers de Pucci de Rossi. » Autre pièce emblématique de l’artiste, le cabinet Robespierre (2004), estimé 12.000 à 15.000 €, est resté invendu.

Avis aux collectionneurs, le 8 juin démarre une exposition à la galerie Cat-Berro. Sera alors proposée une série de pièces emblématiques du designer. Ce brin de folie, cet art de la démesure… ne soyez pas intimidés par Pucci de Rossi !

Pauline Da Costa Sampieri
Photographies : éditions Norma, Galerie Downtown, Paris

Pucci di Rossi

Le voir :
Ergo Sum, portrait par les JandJ, Julianne Rose et Jeff Manzetti
– Exposition Hommage « Ciao Pucci », galerie Cat-Berro
8 juin – 13 juillet 2017
25 rue Guénégaud
75006 Paris
Le lire :
Pucci de Rossi, Jean Louis Gaillemin & al., éditions Norma, Paris, mai 2017, 50 €
Trouver ses pièces :
Galerie Downtown Paris / François Laffanour, 18 rue de Seine, 75006 Paris
Galerie Made 75 / Mathilde Baralhé, 6 rue Gobert, 75011 Paris
Galerie Cat-Berro, 25 rue Guénégaud, 75006 Paris