Dieu sait que dans l’univers du vin, la figure tutélaire du winemaker ou de l’oenologue fait figure d’emblème, de porte-étendard. Membre des Grands Ducs, Nicolas Audebert ne faillit pas à la tradition. Mais il a abandonné l’aspect théâtral de son rôle pour des habits bien plus fun. Rencontre, à l’occasion du salon Vinexpo et de la Fête de la Fleur.

Volontiers cabotin, la quarantaine rugissante, ce séducteur toujours bronzé sur une barbe de trois jours et la chemise ouverte, par ailleurs père de cinq enfants, aurait fait un très bon acteur. Son sens de la narration, son plaisir de la scène, du verbe et des joutes lui auraient garanti le succès. Mais son tropisme pour les voyages et le goût des autres et des rencontres l’ont mené aux Antilles, en Afrique et tout autour du monde.

Ce fils d’officier de Marine né en 1975 en Provence a la tête bien faite : diplômé de l’Institut Supérieur des Techniques d’Outre-Mer de Paris et de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier, il est ingénieur agronome et titulaire du Diplôme National d’Oenologie.

Une sorte de hasard le conduit à entrer chez Moët et Chandon puis Veuve Clicquot Ponsardin, et enfin chez Krug. Une formation champenoise de plusieurs années, quel contraste avec ses désirs, d’ailleurs ! Patience. Avant 30 ans, Nicolas participait aux assemblages avec la famille Krug et a vinifié plusieurs « Clos du Mesnil », l’une des cuvées de référence des amateurs de grands vins. Ce qui lui vaudra d’être repéré par Pierre Lurton, figure bordelaise à la tête de Cheval Blanc et d’Yquem, qui le choisit pour créer en Argentine Cheval des Andes, une joint-venture entre Terrazas de los Andes, filiale de Moët-Hennessy, et le Premier Grand Cru Classé « A » de Saint-Emilion.

Il passera presque dix ans à Mendoza avec sa famille. Une aventure qui se pare rapidement de tous les succès, car Cheval des Andes devient rapidement le premier grand cru d’Amérique latine. Les propriétaires et les winemakers affluent du monde entier pour rencontrer le nouveau prodige de la profession. Rien n’aurait pu distraire Nicolas des pentes de la cordillère des Andes et de sa passion pour le jeu et les chevaux de polo.

C’était sans compter, en 2014, sur la proposition qui lui est faite par Chanel de prendre à Bordeaux la direction des deux propriétés viticoles du groupe, Château Canon à Saint-Emilion, et Rauzan-Ségla à Margaux. Cela ne se refuse pas. La famille Audebert fait ses valises et pose pour la première fois les pieds à Bordeaux. Sa mission? Remettre les deux propriétés dans la lumière et poursuivre un travail initié il y a vingt ans.

Sa personnalité intrigue, et les nombreuses couvertures de magazines qui lui ont été consacrées depuis trois ans en attestent. Il faut dire qu’il est le seul à diriger à la fois l’un des plus grands vins de la rive droite et l’un des premiers de la rive gauche ! Dans le monde compassé du vin, fait de confréries et de dynasties, le style Audebert détonne. A 40 ans, avec son style rock’n’roll et son talent reconnu de dégustateur, il choisit un freerider des alpes et un galeriste online comme ambassadeurs. Mais surtout, ses premiers millésimes, 2015 et 2016 sont couverts d’éloges par les professionnels qui les saluent comme les plus beaux depuis trente ans.

Néanmoins, Nicolas conserve la tête froide, assure qu’il est fier d’être paysan. Et refuse de produire des vins de spéculation. C’est que selon lui, le vin est un produit de consommation qui doit s’inscrire dans le plaisir, l’émotion. Si c’est pas Grand Duc ça !

Aymeric Mantoux
Vidéo : TheWillisWillis
Photos : Daria Marchenko, Aymeric Mantoux

Les vins de Nicolas Audebert

Château Canon, Saint-Emilion
Château Rauzan-Ségla, Margaux
Vinexpo
La fête de la Fleur