Il n’est pas immoral de jouir. Prononcée en 1968 par le designer Quasar Khanh, cette véritable maxime pourrait à elle seule résumer toute la production du designer. De son vrai nom Nguyen Mang Khanh, né à Hanoï en 1934, l’inventeur à la formation d’ingénieur aura tenté d’appliquer, toute sa vie, cette simple vérité. Retour sur quelques-unes de ses pièces-phare à l’occasion de la sortie, cette année, de la monographie aux éditions Albin Michel qui lui est consacrée. De quoi rendre hommage au maître de la décennie 1960, décédé le 30 juin 2016.

Les débuts

L’année 1957 est sans conteste l’une des années les plus marquantes de la vie du designer : il épouse la styliste Emmanuelle Khanh, avec qui il collaborera souvent et qui, surtout, sera son soutien sans faille. C’est aussi cette année-là qu’il choisit son pseudonyme, Quasar, du terme désignant une galaxie énergétique diffusant une source lumineuse plus intense que celle d’une étoile dans l’univers. Le touche-à-tout ne se départira jamais de cette fascination pour l’espace, juste représentant de son époque.

Des arts décoratifs à la mode, Quasar Khanh se livre à toutes les expériences possibles :  automobile, bateaux, architecture, mobilier et bijoux, l’utopie gagne tous les domaines, témoignant non seulement de l’intense créativité du designer mais aussi de l’esprit du temps, du renouveau total dans tous les domaines de la création : matériaux nouveaux, transparence, espace, liberté… Les golden sixties sont bien là. « Je suis absolument pour la société de consommation, expliquait ainsi Quasar Khanh au journaliste Bengt Rooke pour la revue Mobilia. A mon avis, nous ne consommons ou ne dépensons pas assez aujourd’hui (…) Dans dix ou cent ans, la société de consommation sera un fait absolu. (…) Aujourd’hui, je jouis mieux de la vie avec mes voitures que mon père avec ses trains et que mon grand-père avec ses chevaux. » La conclusion, vous la connaissez.

1967 : La Maison de l’Espace

Quasar Khanh se situe parmi les designers élitistes : adepte de la production semi-industrielle, il ne conçoit pas pour autant un mobilier avant tout fonctionnel et pratique. Ses pièces sont des prototypes, l’occasion d’une expérience, d’imaginer autre chose.

Pour un défilé de la Maison Missoni, il conçoit sa première utopie spatiale, à la piscine Solari à Milan. Il installe alors sur l’eau une immense structure cylindrique, gonflable et transparente dans laquelle flottent des fauteuils et des canapés sur lesquels sont assis les mannequins. La Maison de l’Espace, telle qu’il la nomme, préfigure sa Maison du Futur, gonflable elle aussi et surtout son mythique mobilier Aerospace, créé l’année suivante. Au-delà d’une créativité débridée, Quasar Khanh nous livre sa vision du mode de vie de demain…

1968 : La collection Aerospace

Passée à la postérité grâce à la fameuse scène de la piscine dans le film Le Cerveau, réalisé par Gérard Oury, sorti la même année, la collection de mobilier gonflable comprenant sièges, lampes et cloisons marque un condensé des recherches de Quasar Khanh : tous ses thèmes de prédilection s’y retrouvent.

1968 : la voiture The Cube dite aussi Quasar Unipower

Le designer imagine un cube de taille réduite (180 x 170 cm) aux parois complètement transparentes à cinq places, six portes coulissantes et un moteur de 1100 cm3 à l’arrière. Immortalisée en 1970 dans le film Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… Elle cause ! réalisé par Michel Audiard, la petite auto conduite par Mireille Darc en cuissardes blanches fait parler d’elle.

1975-1988 : L’aventure Khanh Hydrair

La mort de sa mère constitue un véritable tournant dans la vie personnelle et professionnelle du designer. Devenant plus grave, Quasar Khanh veut désormais lui rendre hommage en cherchant de véritables solutions pour « aider son peuple ». C’est ainsi qu’il entame des recherches portant sur les appareils montés sur coussin d’air qui seraient selon lui idéaux tant pour le transport d’hommes et de marchandises au Vietnam, que pour la protection militaire du pays. En 1988, le prototype Hydrair KM2 voit le jour : il s’agit de réaliser un Hydrairbus, engin mi-flottant, mi-volant, de grande capacité, dans la continuité de l’A300 de la société Airbus qui vient de rencontrer un franc succès.

1985 : La Bambouclette

Jamais à court d’idées, Quasar Khanh imagine la Bambouclette, bicyclette en bambou écologique avant l’heure et très résistante.

 

Elsa Cau
Crédits : Albin Michel, Benjamin Chelly, Velvet Galerie, Galerie Utopie, 

Fabrice Peltier, Marc Mineray, Benoît Ramognino et Benjamin Chelly, Quasar Khanh, designer visionnaire, préface de Philippe Starck, éditions Albin Michel
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