« Parmi tous les matériaux que la nature a produits et que l’homme a inventés, le verre est sans doute pour moi l’un des plus fascinants. Son origine remonte très loin. C’est une origine qui semble fortuite, car elle vient du sable et de la mer, et, comme tout ce qui vient de la mer, c’est toujours quelque chose d’incertain. Elle apporte avec elle le mystère. »

Qui mieux que le célèbre designer Ettore Sottsass pour définir l’expérience du verre ? Le Centre International de recherche sur le verre et les arts plastiques (CIRVA), est fondé en 1983. Trois ans plus tard, sous l’impulsion de la directrice Françoise Guichon, le CIRVA déménage rue de la Joliette à Marseille et devient centre d’art.

La canicule estivale, le bleu profond de la mer, la transparence de l’eau, le tempérament méditerranéen, la fougue de la cité phocéenne sont autant d’éléments indissociables de ce lieu méconnu où règne une vitalité artistique inouïe.

Pour son exposition anniversaire, qui célèbre les trente ans du Centre, des oeuvres de seize artistes ont été sélectionnées parmi les sept cents pièces de la collection. Retour sur quelques-unes d’entre elles.

Les ateliers du Cirva, © Cirva

Une Maison de verre, qui se tient au musée Cantini, offre ainsi une mise en regard des chefs-d’oeuvre verriers et des collections d’art moderne et contemporain de la ville. Les choix opérés par Isabelle Reiher, directrice actuelle du Centre, se révèlent être les jalons d’une histoire faite d’expérimentations, de dialogues, de diversités des propositions artistiques. Et la force du CIRVA réside bien ici.

Plus de deux cents artistes plasticiens, designers, architectes ont bravé avec brio cet exigeant art du feu grâce à des techniciens hors-pair qui ont su mettre en oeuvre cette magie de la transformation.

Entre création contemporaine et protection patrimoniale, le CIRVA et tous ses acteurs matérialisent ce laboratoire de pensées où le rapport aux éléments force la modestie. 


James Lee Byars (1932 – 1997) : la pureté des formes

L’art de James de Lee Byars est poreux. A la fois performance, sculpture, installation, son oeuvre est empreinte de symboliques fortes. Dès 1993, il collabore avec le CIRVA et conçoit L’Ange rouge de Marseille (exposé dernièrement à la Monnaie de Paris, A pied d’oeuvre(s)).

On présente ici Le Petit Ange rouge : 333 sphères d’un rouge profond sont installées au sol et forment arabesques, courbes et contre-courbes. L’oeuvre pousse à la contemplation. De la pureté de la forme émane une intensité lumineuse particulière, une force presque cabalistique.

L’Ange rouge de Marseille, Exposition « à pied d’oeuvre(s) » Monnaie de Paris, © M. Argyroglo / Monnaie de Paris / The Estate of the Artist

Ettore Sottsass (1917-2007) : le savant équilibre

Le design élevé au rang d’art comme mode de vie. Voilà comment résumer la pensée du maestro italien. De 1998 à 2007, en collaboration avec son galeriste Ernest Mourmans, Sottsass dessine de petites architectures rappelant ses totems colorés en céramique.

L’équilibre parfait de ces oeuvres réside dans l’harmonie savante de l’opacité, de la transparence, des couleurs énergiques.

Notez qu’à l’occasion de la Biennale de Venise, la Fondation Cini propose aussi une exposition des verreries, vénitiennes cette fois-ci, d’Ettore Sottsass.

Ettore Sottsass, vue de l’exposition au Musée Cantini

Gaetano Pesce (né en 1939) : la fonctionnalité inconventionnelle

Le design de Gaetano Pesce propose une fonctionnalité qui ne renie pas sa charge symbolique.

S’il est connu pour ses oeuvres en polyuréthane rigide expansé (développé avec l’aide du VIA, Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement), il glisse vers l’art du verre sans pour autant renier son amour des polymères. Marseille devient alors une source d’inspiration durant les cinq années de collaboration avec le CIRVA, de 1987 à1992.

Délaissant la traditionnelle technique du verre soufflé au profit de la poudre de verre en fusion projetée sur des moules, il crée des oeuvres spontanées, libres et vivantes.

Gaetano Pesce, Pastis profond, 1988-1992, © D. Giancatarina / CIRVA

Robert Wilson (né en 1941) : le verre théâtralisé

Robert Wilson est un artiste pluridisciplinaire. Connu pour ses mises en scène, il conçoit sa collaboration avec le CIRVA comme un flux.

De sa maîtrise parfaite de la lumière qui sculpte l’espace, il retient l’idée de clair-obscur et se joue alors des contrastes. Il décline ses modèles et créée ses Concepts. Les pièces oscillent entre lourdeur et légèreté, douceur et rugosité, transparence et opacité.

Robert Wilson, Ensemble de Concepts, © C.Capelle / Cirva

Le CIRVA a introduit un souffle nouveau dans la création artistique et réfection historique des oeuvres verrières. A Marseille, on trouve l’alliance parfaite de ce savoir-faire millénaire et de cette pratique contemporaine.

La technique et la pensée, l’art et l’artisanat n’ont plus aucune frontière. Seule l’innovation reste souveraine.

Pauline Da Costa Sampieri
Photographies : CIRVA, Intramuros

En savoir plus

Une maison de verre
Musée Cantini, 19 Rue Grignan
13006 Marseille
Jusqu’au 24 septembre 2017
Du mardi au dimanche, 11h-18h
T. 04 91 54 77 75
Ettore Sotssas, il vetro
Fondazione Giorgio Cini
Isola di San Giorgio Maggiore
30100 Venise, Italie
Jusqu’au 30 juillet
T. +39 041 271 0211
Du lundi au vendredi, 9h-17h
Design Parade, avec des oeuvres des lauréats
Villa Noailles
Montée de Noailles
83400 Hyères
Jusqu’au 24 septembre
T. 04 98 08 01 98
Tlj sauf mardi, 14h-19h