Plumes de coq, duvet de cul de canard, poils de chevreuil, de lièvre, de phoque, fils de laine colorée… La confection des mouches est un art avec des riens. Ces riens que maîtrise parfaitement Frankie McPhillips, véritable maître artisan de la mouche.

Lac Erne, Irlande

On vous en parlait il y a peu, la pêche à la mouche est un art. La mouche aussi. Ces petits chefs-d’œuvre miniatures sont souvent confectionnés par le pêcheur lui-même. Prendre une belle truite avec sa propre mouche est une grande satisfaction. Mais cela nécessite agilité, créativité et un sens artistique indéniable, sans oublier une connaissance entomologique réelle.

« Tous les ans on me demande ce que j’ai fait de nouveau » explique Frankie McPhillips, le « monsieur mouche » irlandais (depuis 1976 !) « J’ai dû créer 200 000 mouches depuis que j’ai rencontré ce Gallois qui avait mis une annonce dans le journal pour donner des leçons. » Installé dans un appentis attenant à sa maison de Tempo, près d’Enniskillen, Frankie McPhillips s’est imposé comme la référence irlandaise de cet artisanat si pointu. « A une époque j’avais une boutique d’articles de pêche dans laquelle je vendais mes mouches. Aujourd’hui je fournis quelques magasins et vends par internet dans le monde ».

« Jack the giant killerConnemara black, Daddy long legs, Royal Wulff, Goat’s toe »

Jack the giant killer, Connemara black, Daddy long legs, Royal Wulff, Goat’s toe... Près de 2000 mouches sont répertoriées. Elles ont chacune un nom… et une fonction. « La mouche doit être adaptée au temps, à la saison, au lieu, à la température, à la luminosité et bien sûr au poisson et à son humeur ! » explique notre expert. « Certaines mouches ont été créées il y a plus de cent ans et elles sont toujours demandées. Ce qui n’empêche pas d’en créer de nouvelles. Un livre sur les mouches est comme un livre de recettes : il faut de la variété. »

Frankie McPhillips choisit un livre relié cuir sur une étagère et ouvre un vrai trésor : à l’intérieur, 35 mouches présentées comme de petits tableaux avec une description de leur spécificité de fabrique et de mission. « Nous avons fait 60 exemplaires de cet ouvrage en 2003 avec John Malone. Jack the giant killer m’a pris cinq heures de réalisation. Il y en avait soixante à faire… » se rappelle Frankie qui a noué les 2100 mouches de cette édition très sélect. L’ouvrage Tying Flies in the Irish style se négocie aujourd’hui à près de 2000 livres.

La mouche Black Pennell © medium.com

Il manie quelques brins de laine, un hameçon, trois plumes et le temps d’échanger quelques phrases, Frankie McPhillips présente une mouche de mai, cette mythique proie factice qui symbolise à la fois la période privilégiée des pêcheurs en Irlande et la prise des plus belles truites de l’année. Le talent au bout des doigts.

Patricia. M. Colmant

 

www.frankiemcphillips.com