On connaissait le chanteur aux 35 millions de disques vendus de son vivant. Son seul nom suffit à vous mettre des chansons dans la tête pendant des heures. On connait moins l’homme d’affaires qui non seulement reprit le magazine Podium jusqu’à parvenir à supplanter Salut les copains, mais fonda aussi une agence de mannequins et s’investit dans un magazine de charme au nom évocateur : Absolus.

 

Séducteur et homme à femmes, il imite ainsi Hugh Hefner et son Playboy, en rachetant ce magazine le 21 mai 1974. Les éditions du Moulin, dont il est le principal actionnaire, en assurent la publication.

Très investi, il signe alors de nombreuses photos sous le pseudonyme de François Dumoulin. Son perfectionnisme peut ainsi s’exprimer : il passe des heures à régler la lumière, choisir le cadre et le décor, tout comme il passe des heures à choisir lui-même les photos de lui qui paraîtront dans la presse. Aidé par Gilbert Moreau, le photographe de Podium qui l’assiste sur un plan technique, il met en scène ces jeunes femmes avec un souci d’élégance, d’érotisme et un refus ferme de la vulgarité. Le photographe britannique David Hamilton, célèbre pour ses clichés vaporeux et romantiques de (très) jeunes filles, lui confie son astuce d’appliquer de la vaseline sur l’objectif pour un effet plus tendre.

Dans son moulin de Dannemois surtout, mais aussi son appartement parisien (une photo dévoile d’ailleurs la salle de bain du chanteur et l’applique murale qui lui sera fatale) ou des hôtels de la capitale, Claude François s’attelle à magnifier les femmes qu’il photographie dans une ambiance sensuelle, lumineuse ou feutrée, bucolique ou urbaine. Il supervise ainsi une quarantaine de shootings qui se terminent parfois par des heures supplémentaires entre mannequin et photographe.

L’aventure n’est pourtant pas de tout repos et suscite beaucoup de réticences. Le ministère de l’Intérieur le contraint d’abord à vendre le magazine sous sachet, afin que les fans ne puissent le feuilleter. Convoqué au commissariat à la suite de plaintes de parents, Claude François est soutenu par le président Valéry Giscard d’Estaing, dont la femme est fan. Il remercie son bienfaiteur de ce sursis en chantant à l’Elysée le 17 décembre 1975.

Le 31 mars 1976, Claude François fait pourtant le choix de céder l’intégralité d’Absolus (ou Absolu, selon les numéros). Les pressions n’ont pas cessé et certains paroliers refusent désormais de travailler avec lui : le chanteur reprend le dessus sur le photographe et clôt cette parenthèse sexy avec regret. Quand on est un chanteur si populaire, il n’est que rarement bon de sortir des sentiers battus ! De nos jours, ces clichés font le bonheur des collectionneurs… L’occasion de se plonger dans l’univers sensuel et méconnu d’un artiste perfectionniste devenu mythe.

Louise Bollecker