Cette année encore, on a couru le vernissage de la FIAC. Vaillamment, on a observé, déambulé, salué, questionné. Des vendeurs carnassiers aux collectionneurs désabusés, des galeristes timbrés aux artistes performeurs, parce qu’on sait que vous savez déjà tout mais que vous adorez qu’on en remette une couche, petite étude de la faune du Grand Palais à l’heure de la Fashion Art Week…

Murakami sur le stand de la galerie Perrotin © Elsa Cau pour Les Grands Ducs

« Ça me donne envie d’aller voir The Square, après. » Elle souffle un peu, remet son sac à main -en vinyle jaune et en forme d’arrosoir- en place, tire un peu sur ses manches à la forme indéterminée. Se rend-elle compte qu’elle est elle-même une ode à l’art contemporain, un manifeste de l’absurde ?

Plus loin, on croise EVA & ADELE, toujours fidèles aux rendez-vous du marché, leurs (désormais mythiques) crânes rasés, yeux surmaquillés, talons de douze et tenues pailletées assorties. EVA & ADELE (toujours en majuscules, s’il vous plaît) saluent tranquillement marchands, collectionneurs et autres journalistes : la courtoisie et la douceur sont toujours de mise chez ce couple d’artistes berlinois.

C’est que dans les grand-messes de l’art contemporain, la fantaisie est encouragée, mais les codes de Nadine de Rothschild maîtrisés à la perfection.

 

EVA & ADELE au sortir de la FIAC, direction La Palette à Saint-Germain-des-Près !

« On peut dire que c’est le grand retour de la peinture », s’exclame un bec de canard dont la signature du chirurgien esthétique s’apparente à celle de l’artiste qu’elle admire sur le stand d’une jeune galerie américaine… Les américains justement ne sont pas venus en masse cette année.

Pourtant, les grands noms se vendent comme des petits pains et dès le premier jour : Lee Ufan, Tracey Emin, Sophie Calle, Kader Attia, Boltanski, Baselitz, Rauschenberg (qui font les plus gros prix, près de 2 millions d’euros chez Thaddaeus Ropac). Rien à voir en-dessous de 50 000 euros, circulez. « Oui mais quand même, les français, sur le second marché, à part Buren, ça vaut rien« , confie un critique réputé devant les Laurent Grasso chez Perrotin.

Toujours la mieux placée, en face de l’entrée, la galerie Perrotin a choisi comme tête de gondole une sculpture dorée de Murakami de 4 mètres de haut. Retour du bling ? Pas mal de doré cette année, comme L’homme qui mesure les nuages de Jan Fabre. Ou un store plaqué or.

Ann Veronica Janssens, Grand Store Venetien, 2016, galerie Alfonso Artiaco © Aymeric Mantoux pour Les Grands Ducs

Tas de briques, douche de showroom… et même du carrelage devant le Grand Palais, c’est la grande tendance Leroy Merlin cette année. Il y a la queue des grands jours chez Ropac justement, où le duo d’artistes britanniques Gilbert & Georges dédicacent leur catalogue. FIAC me I’m famous, comme dirait l’autre !

« Il y a un dîner ce soir, je suis encore obligée d’y aller. Je suis au bout de ma vie », se lamente une art-victim. Sur le chemin, on a croisé Brigitte Macron et la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, sur le stand du Musée du Louvre qui présente les chalcographies (comprendre : gravures) signées Eva Jospin, à 280 €. (Oui, vous avez bien lu.)

Journée très politique : l’ex-Premier Ministre était aussi là pour honorer sa fille, et sur un stand qui expose des têtes recouvertes de poils et cheveux, on a cru reconnaître Laurent Fabius. Pastiche ou hommage à celui qui, grand collectionneur, avait fait exonérer les oeuvres d’art de l’ISF… qu’il avait par ailleurs inventé ?

© Aymeric Mantoux pour Les Grands Ducs

Jamais en tout cas on avait croisé autant de monde dans les allées du Grand Palais, autant de vieilles milliardaires défraîchies, de stagiaires aux dents longues et de cadavres de bouteilles de Ruinart, signe que les temps ne sont peut-être pas si durs que ça.

 

Aymeric Mantoux, Elsa Cau