Une première fois c’est toujours émouvant… Un premier vin, tout autant. Récit d’une passion devenue reconversion : bienvenue dans le premier millésime bourguignon de Marthe Henry.

© Laurène Bigeau pour Les Grands Ducs

Elle était partie pour être journaliste, elle s’y est même frottée. Elle aurait pu être antiquaire, sa passion pour la porcelaine de Sarreguemines lui fait courir les brocantes des quatre coins de France, qu’il pleuve ou qu’il vente. Elle aurait pu tenir un gîte, elle qui sait recevoir avec une générosité sans pareille, faisant mijoter légumes et viandes en cocotte mieux que quiconque -entre deux magnums de vins choisis.

Parisienne de souche, elle a tenu bon contre nature avant d’être rattrapée par l’atavisme en ses terres natales, dans une région dont le nom seul déploie un imaginaire bachique féérique : la Côte d’Or.

© Laurène Bigeau pour Les Grands Ducs

C’est que le grand-père, il savait y faire dans sa cuverie de Meursault, il jouait du chardonnay comme un virtuose, des villages aux premiers crus aux noms enjôleurs : les Goutte d’Or, Les Charmes… Les rouges n’étaient pas en reste, y’a qu’à goûter les Volnay Santenots, de la danseuse étoile en bouteille…

Qui boit du meursault ne vit ni ne meurt sot ! »

La petite Marthe, elle y passait du temps dans ses pattes, à traîner dans la cuverie, à fureter dans la cave. En âge de goûter, elle s’est montrée des plus besogneuses : goûter, apprendre, goûter, comprendre, goûter, mémoriser… ça la démange, mais elle est trop timide – et puis faire du vin c’est un métier d’homme, c’est physique, c’est ingrat, oui mais c’est divin et comme on dit ici, « qui boit du meursault, ne vit ni ne meurt sot ! »

© Laurène Bigeau pour Les Grands Ducs

Le diplôme du CFJ en poche, des piges à LCI/TF1, le regard jamais très loin du raisin, Marthe grandit. Arrivent 2010 et l’émergence des blogs, le sien, l’Actu du Vin, devient vite l’un des plus suivis.

En 2013, elle n’y tient plus : community manageuse enfermée dans une agence parisienne, elle est rattrapée de plein fouet par le virus. Cette année-là, il grêle sur la côte le jour de ses 27 ans, le cœur est tout sauf à la fête : elle peste, elle rage, elle a les larmes aux yeux. Le coffre est chargé et la voici partie pour la maison familiale à Meursault.

Reprise des études viti à Beaune, en formation pour adultes. Elle dort au-dessus du vendangeoir -sans chauffage, fait ses armes à Chassagne, puis sur ses terres murisaltiennes au Domaine Rougeot. Là encore : goûter, apprendre, faire, comprendre.

© Laurène Bigeau pour Les Grands Ducs

Après les bureaux parisiens, c’est la vigne à la fraîche, parfois par moins dix, quand il arrive que jamais le brouillard ne se lève des jours durant. Ne rien lâcher, travailler : « un jour je ferai mon vin ! ». Elle s’intéresse aux différentes méthodes de viticultures, avec une conscience environnementale développée, puis à la vinification propre avec le moins d’intrants possibles : ne lui parlez pas de dogme, elle donne plutôt dans le bon sens.

Septembre 2017, Marthe vient de fêter ses 31 ans. La fébrilité mêlée à l’excitation, elle rentre ses premiers raisins, tous provenant d’approvisionnements maîtrisés issus du domaine en conversion bio où elle exerce ; les vignes elle y était, elle les a pansées. Le gel de fin avril a fait trembler, mais la qualité est bien là.

 

© Laurène Bigeau pour Les Grands Ducs

Quand on lui demande quel style de vin elle compte faire, elle botte en touche «je vais déjà essayer de faire du vin tout court, rien n’est encore fait, c’est un peu ambitieux et prématuré de vouloir le définir » pragmatique, appliquée, et réservée : le bon sens bourguignon, encore…

Il faudra donc un peu de patience pour pouvoir les goûter, les meursault, les bourgogne rouges et autres aligotés. Mais il y a fort à parier qu’ils seront à l’image de leur faiseuse : vifs et droits, sans concession et avec du caractère !

Laurène Bigeau

 

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A l’heure où nous publions, les vins sont encore en cours de fermentation. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de leur première mise en marché. En attendant, suivez les tribulations de Marthe Henry sur instagram et sur son blog.