Né en 1937, l’honorable Allen Jones, membre de la Royal Academy, s’amuse du spectateur, le plaçant en voyeur. Oscillant entre femmes soumises et enchanteresses, captivantes, charmantes ou carrément dérangeantes, les sculptures d’Allen Jones nous parlent de plaisir et d’affranchissement…  

Par les temps qui courent, on ne s’essaiera pas à ériger un certain érotisme fait d’images transgressives, où le corps féminin est assimilé à un objet. C’est pourtant tout le débat quand on s’intéresse à l’un des artistes ‘féministes’ les plus controversés, le britannique Allen Jones.

Assimilé au Pop Art, il livre des images colorées et saturées, prenant comme sujet principal la féminité… ou plutôt explorant sa propre idée de la féminité, dénuée de complexité. Les caractéristiques formelles de ses oeuvres hyperréalistes nous renvoient à un monde fait de stéréotypes, où le fétichisme du corps est devenu dogme.

L’art exubérant d’Allen Jones s’épanouit en 1969 avec sa série culte de sculpture-mobilier. Hatstand, Table and Chair sont toutes trois formées par un corps de femme en fibre de verre, dans une position équivoque.

I think of myself as a feminist

Rapidement accusé de misogynie, Allen Jones se défend : ‘I think of myself as a feminist’. Ce qui n’empêche pas la détérioration de son oeuvre en 1986 par un groupe d’activistes féministes. L’artiste s’inscrit dans une filiation duchampienne, en adoptant une vision ironique de la culture humaine. Extrémiste dans sa façon, il dévoile plus qu’il ne suggère. C’est la parfaite image de la chosification de la femme et prouve la multiplicité des points de vue de l’art : dénonciation ou érotisation ?

Allen Jones et ses sculptures L’enchanteresse

La vitalité et l’énergie des années 1960 ont bouleversé l’univers esthétique. Mais si le corps devient objet de consommation, il est aussi libéré du carcan traditionaliste. La mode est au Spage Age, aux mini-jupes de Mary Quant, au vinyle de Courrèges. Un vent de liberté souffle sur cette époque qui nous semble aujourd’hui légère. Les icônes du moment sont Claudia Cardinale, Jane Birkin ou encore Brigitte Bardot, cette dernière formant avec le playboy Gunter Sachs l’un des couples mythiques de la période… Grand collectionneur d’Allen Jones, Gunter Sachs évolue dans un univers artistique sophistiqué et avant-gardiste. Mais BB s’affranchit rapidement de ce milliardaire… Les femmes objets dociles de Jones ne devaient pas être à son goût.

La chambre de Gunter Sachs à Saint-Moritz

Lorsqu’Allen Jones dénonce, le corps est rigide, plastique. Lorsqu’il sublime, il préfère le charnel ou du moins l’incarnation… En 2013, il collabore avec Kate Moss et la photographie alors dans une armure dorée créée quelques années plus tôt pour un projet de film avorté. Cette série se décline avec plusieurs oeuvres, dont une sculpture, à l’échelle, en acier peint.

Les oeuvres de Jones devenues des icônes continuent de défrayer la chronique. En 2013, l’artiste norvégien Bjarne Melgaard réinterprète Hatstand, Table and Chair dans une version où des mannequins noires arborent les mêmes positions. La critique genrée de Jones s’étend alors à un questionnement social plus global. Les oeuvres ne transcendent plus, ne nous emportent plus dans cet ailleurs, mais nous ancrent à l’inverse dans la réalité.

Kate Moss vue par Allen Jones

A l’heure de la revendication au plaisir, l’érotisme réside dans l’allure affranchie des beautés sylphides imaginées par Allen Jones.

Pauline Da Costa Sampieri

Rester dans le coeur du sujet…

A écouter : Allen Jones raconté par la Royal Academy
A regarder : Orange Mécanique. Dans le film de Stanley Kubrick sorti en 1971, on peut apercevoir dans le Korva Milkbar des oeuvres qui suggèrent le travail de Jones.
A lire : L’érotisme dans l’art occidental, Edward Lucie-Smith, Hachette, 1972