Prenez une pièce (re)vue mille fois, ajoutez un metteur en scène à la créativité débordante, saupoudrez le tout d’acteurs survoltés. C’est la recette des pièces actuellement à l’affiche à Paris, qui s’imposent comme deux des meilleures interprétations de Molière qu’on ait vues ces dernières années. Face à la parfaite alliance entre beauté du texte classique et mise en scène contemporaine, on ne saurait que trop vous les conseiller…

Le Tartuffe © Théâtre de la Porte Saint-Martin

Le Tartuffe : transgression baroque

Trois ans après son Misanthrope, Michel Fau met à nouveau en scène une pièce de Molière. Fidèle à son style reconnaissable entre mille, il a choisi un décor baroque imposant et époustouflant. Pour compter l’histoire du faux dévot, bienvenue dans un palais aux couleurs chatoyantes, à la fois chapelle, demeure fastueuse et cathédrale. La théâtralité est mise en exergue, hommage au temps de Molière où le théâtre n’avait pas pour objectif le réalisme. Au contraire, c’est un déferlement d’artifices, de kitsch et de riches costumes (créés par Christian Lacroix avec brio) qui nous attend.

Mais ne vous méprenez pas ; le goût assumé de Michel Fau ne transforme en rien la pièce en une vaste plaisanterie. Au contraire, le respect accordé au texte originel est l’un de ses marqueurs fondamentaux. Le metteur en scène et interprète du rôle-titre parvient même à nous surprendre encore par des relectures fines qui bousculent la façon habituelle d’interpréter les personnages du Tartuffe.

Au casting, entre rires et émotions, on notera la présence de Michel Bouquet, 91 ans, de retour sur les planches pour interpréter Orgon. Les nostalgiques apprécieront – les autres préféreront le jeu énergique de Christine Morillo en Dorine et les mimiques souvent hilarantes quoique discrètes de Michel Fau.

Les Fourberies de Scapin © Christophe Raynaud de Lage

Les Fourberies de Scapin : énergie démoniaque

Attention, talent à suivre ! Benjamin Lavernhe, 33 ans, est l’une des étoiles montantes de la Comédie-Française. Il est époustouflant dans son rôle de Scapin. Bondissant, crédible, plein d’excès et d’humour, il nous entraîne aisément dans une intrigue dont on connait a priori le dénouement mais qui parvient encore à nous surprendre.

Il faut dire que Benjamin Lavernhe est bien entouré. Didier Sandre, Adeline d’Hermy, Julien Frison ou encore Gilles David sont à la hauteur du talent du protagoniste.

Côté mise en scène, après vingt ans d’absence sur la scène du Français, Les Fourberies de Scapin s’offrent un lifting bien mérité, orchestré par Denis Podalydès à la mise en scène, Éric Ruf à la scénographie et Christian Lacroix (encore lui) aux costumes. Échafaudage, tôle couleur rouille, brouillard et bateaux dans le lointain, on est transporté dans le port de Naples – le livret retrace d’ailleurs avec précision l’histoire de la pièce, écrite par Molière pour le Palais-Royal dont il partage alors la scène avec une troupe italienne.

Ici aussi, la relecture de la pièce est fine. La patte comique est soulignée, le grotesque des situations tout autant, les personnages ne sont en rien édulcorés et le propos est assumé. Une réussite éblouissante qui place une nouvelle fois la Comédie-Française comme la figure de proue du théâtre parisien.

Louise Bollecker

Courez-y !

Le Tartuffe au Théâtre de la Porte Saint-Martin
Jusqu’au 31 décembre 2017
À partir de 31 euros
Les Fourberies de Scapin à la Comédie-Française
Jusqu’au 11 février 2018
De 7 à 43 euros