Si l’on doit l’injonction “l’architecture est un sport de combat” à Rudy Ricciotti, elle ne pourrait pas être plus adaptée à Tadao Ando. Sa vocation première : boxeur. Il s’astreint depuis à l’exigeante discipline architecturale à la façon d’un sportif de haut niveau. Le corps est placé au centre des préoccupations d’Ando. Le rapport physique aux choses qui l’entourent est l’une de ses sources principales d’inspiration. Cette pratique physique le mène au concret. Entre tradition et modernité, son architecture n’est pas fonctionnelle, elle est sensible.

Tadao Ando

Né en 1941 au Japon à Osaka, Tadao Ando est élevé par sa grand-mère dans un quartier populaire composé de petites maison en bois. L’architecte sera profondément marqué par cet environnement. Loin d’être un architecte classique, sans formation académique, il s’instruit au gré de ses voyages, à la faveur de rencontres, fait le tour du monde, se heurte aux réalisations de Le Corbusier en même temps qu’il découvre le style des Shakers. (Mode de vie austère de cette communauté sectaire née au XVIIIe siècle aux Etats-Unis)

Sa première réalisation, la Row House à Sumiyoshi (1975) est telle une boîte de béton étroite, enclavée. La simplicité apparente cache une distribution complexe. L’exiguïté du lieu suppose le repli, mais la cour intérieure offre un cadre sur le ciel propice à la rêverie.

La Row House à Sumiyoshi, près d’Osaka au Japon

Depuis, son oeuvre a sans cesse évolué. Tadao Ando est capable de concevoir de petites maisons à visée sociale, tout comme il sait verser dans une forme de monumentalité sobre… Sans doute à l’image de sa personnalité ?

Plusieurs principes formels régissent son art qui se meut selon les sites et la nature environnante. Dans ses premières réalisations, les murs contraignent et astreignent à une circulation particulière, scindent l’espace. Puis, ils deviennent peu à peu de véritables liens avec l’extérieur. Ils créent alors un rythme, entre tension et douceur. Le mur ne sépare plus, il rassemble.

La maison Kidosaki, construite entre 1982 et 1986 à Setagaya au Japon

L’autre signature du style d’Ando, c’est la subtile texture de ces murs en béton. Très éloigné d’un quelconque brutalisme, le béton pur renvoie ici la lumière qui l’habille et dialogue avec la nature.

Les plans d’eau et le ciel sont autant d’éléments faisant partie intégrante de sa philosophie. L’eau et le ciel deviennent des données spatio-structurelles de l’architecture. Que ce soit la nature ou le contexte urbain, Ando s’attache à lier ses oeuvres à leur contexte. L’architecture est alors au service de son environnement. Il excelle ainsi dans la conception de musées et centres d’art. Là où d’autres sombrent dans l’égotisme, Ando s’efface, par pudeur.

Là où d’autres sombrent dans l’égotisme, Ando s’efface, par pudeur

© Le Château La Coste, au Puy Sainte Réparade

L’apparente simplicité de ses oeuvres est un leurre. La pureté parfaite, les lignes esquisses, l’ascétisme des formes créent une grande sensualité. Qualifier l’oeuvre de Tadao Ando de “minimale” serait se tromper tant elle éveille les sens. Tout est ici pensé pour stimuler l’imagination et laisser place à la vie.

Pauline Da Costa Sampieri

 

Tadao Ando, la poétique du béton

Lire et comprendre le japon moderne : Eloge de l’Ombre de Junichiro Tanizaki, éd. Verdier, Paris, 2011
Lire Tadao Ando : Du béton et d’autres secrets de l’architecture, Tadao Ando, éd. Arche, Paris, 2007
Voir à Paris et en France : L’espace de méditation siège de l’UNESCO (Paris), Château Lacoste et sa chapelle (Le Puy Sainte Réparade), Fondation Pinault (réalisation à la Bourse du Commerce, Paris, ouverture courant 2019)
A vivre : Sur le site de Naoshima, le complexe artistique conçu par Tadao Ando offre la possibilité de dormir sur place