Dès le milieu du XIXème siècle, à travers toute l’Europe, des psychiatres imaginent une nouvelle façon de soigner la folie : moins d’internement, plus de liberté et la pratique de l’art pour exorciser les démons qui hantent les patients. La Maison Victor Hugo regroupe de nombreuses œuvres de ces « fous » talentueux, constituant une collection originale apparentée à l’art brut et un joli plaidoyer pour la différence.

« 200 » [Billet de banque], encre sur papier © Sammlung Prinzhorn Heidelberg

Ce week-end, si vos pas vous mènent sous les arcades de la paisible Place des Vosges, ce ne sera pas pour vous rendre dans une galerie d’art ni pour déjeuner à L’Ambroisie (quoique, rien n’empêche de cumuler les plaisirs), mais bien pour pousser la porte de l’hôtel de Rohan-Guéménée. C’est ici, au numéro 6, qu’habita Victor Hugo. Si le deuxième étage a conservé les appartements au plus près de leur état d’origine, le premier abrite à présent des expositions temporaires dont les thèmes font écho à la vie de l’écrivain et homme politique.

Adèle Hugo, 1862. Photographie d’Edmond Bacot (1814-1875). © Paris, Maison de Victor Hugo.

Le lien entre la folie et Victor Hugo est explicité dès l’entrée de l’exposition : son frère, Eugène et sa fille Adèle ont tous les deux été internés. Puis, rapidement, leurs figures s’estompent au profit des patients des psychiatres Browne, Marie, Morgenthaler et Prinzhorn. Ces quatre scientifiques ont prôné la pratique de l’art pour libérer les angoisses de leurs patients dont pour certains, la « folie » n’était parfois que des crises d’épilepsie mal soignées ou des périodes de sevrage alcoolique; pour d’autres, des cas de paranoïa, de schizophrénie, de mélancolie ou de démence…

Au fil de la circulation des collections, cet art thérapeutique s’émancipe et s’affirme comme de l’art à part entière, reconnu par des artistes de premier plan comme Jean Dubuffet, figure de proue de l’art brut et acquéreur de nombre de ces œuvres.

Broderie anonyme, collection abcd / Bruno Decharme

« Une idée fixe aboutit à la folie ou à l’héroïsme. » – Victor Hugo

Il est vrai que le visiteur sera surpris par la justesse et la finesse des travaux exposés. Certains ressemblent, de prime abord, à des dessins d’enfants. Ici, d’autres évoquent le style impressionniste ; là, des toiles colorées deviennent de véritables compositions d’art moderne.

N’oubliez pas de lire les biographies des artistes ; faut-il voir un lien entre leurs pathologies et leur style ? Au-delà de leur identité de « fous », c’est bel et bien leur potentiel de génie qui est exploré, libérant ainsi d’autres questionnements : les génies sont-ils tous fous ? Qu’est-ce que la folie si ce n’est une sensibilité accrue et singulière au monde, propre aux artistes ?

Klett, Auguts, « IIIe Feuille : La république des coqs dans le soleil a donné dîner et danse sans déguisement. » Crayon, aquarelle, craie sur papier

Et de relire L’Eloge de la folie d’Erasme : « La folie est la source des exploits de tous les héros (…) Le fou, parce qu’il l’est, croit que tous ceux qu’il rencontre sur sa route sont fous comme lui. Quelle modestie, de voir des égaux dans tous les hommes, et de reconnaître chez eux, malgré l’amour-propre naturel à chaque individu, le même mérite qu’on a en soi ! »

Louise Bollecker

Observer la folie

La Folie en tête, jusqu’au 18 mars 2018
Mardi – dimanche, 10h-18h
Maison Victor Hugo
6 Place des Vosges,
75004 Paris