L’illustratrice anonyme, qui s’est fait connaître sur Instagram, publie le second opus de Ink is my blood, un album auto-produit de dessins en noir et blanc au très fort pouvoir évocateur. Plongée dans l’avant-garde du dessin érotique…

Difficile de savoir qui se cache derrière cet habile pseudonyme évoquant à la fois un personnage féminin qui aurait toutes les grâces d’Apollon et un Grand Duc patenté, Lord Brett Sinclair, incarné en majesté par Roger Moore dans Amicalement vôtre.

Sur la toile, aucune photographie n’existe de l’auteur de ces images érotiques souvent puissantes, toujours très contrastées et qui mettent en émoi la communauté des instagrammeurs et bien au-delà.

Les hommes, dont je suis, aimeraient croire que l’artiste signant ces dessins à l’encre tout à fait admirables, est une femme, tant elle semble les aimer ou au moins les désirer. Surtout que les textes accompagnant le plus souvent ses oeuvres ne vont pas sans un certain féminisme… Après tout pourquoi pas. Aucune raison pour que, dans ce domaine aussi, les femmes ne prennent pas le pouvoir !

Pourtant de nombreuses personnes du sexe opposé assurent qu’elles y perçoivent bien trop de fantasmes masculins (gâteries à réveiller un mort, scènes sadomasochistes avec bondage, soumission) pour que ce soit le cas. Le buzz a fait le reste, réseaux sociaux aidant, et le succès du premier album Ink is my blood, auto-édité par l’auteur, a été considérable.

Mais au fond peu importe. L’essentiel n’est pas dans le fait qu’Apollonia Sinclair s’emploie à brouiller les pistes, se montrant méfiante, se refusant à donner la moindre indication personnelle et ne donnant que de très rares interviews. Non, c’est la qualité de son travail qui compte. Chacun de ses dessins est une œuvre d’art. Le propos n’est jamais vulgaire. Toujours très maîtrisé, très léché. Les pages défilent, magnifiques, poétiques. Les ombres, les expressions des visages, les détails sont extrêmement soignés. Des chefs-d’œuvre du genre.

A ceux qui veulent voir dans ses traits graphiques des références évidentes aux maîtres du genre, Guido Crepax, Milo Manara ou Paolo Serpieri, Apollonia Sinclair rétorque qu’elle se réclame davantage de Michel-Ange, de Rubens, d’Ingres ou de Degas. C’est vrai. Il y a de ça. Mais pas que. Apollonia Sinclair se permet tout et ne doute de rien. Surtout pas de son talent. Que ses personnages hyperréalistes soient issus de ses fantasmes ou croisent les nôtres, leur sensualité est évidente. Et l’avenir de leur auteur orgasmique.

Aymeric Mantoux

Par le trou de la serrure
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