Pour ce qui est de la chose automobile, certains sont restés bloqués au XXème siècle. Ce n’est ni une posture, ni un acte militant, juste la marque d’un ennui plus ou moins marqué pour la production contemporaine, généreuse en confort et sécurité, mais globalement avare en sensations. La renaissance du Spider 124 il y a plus d’un an nous avait même quelque peu échappé… Une piqûre de rappel s’imposait, car la plus glamour des Fiat ne trahit en rien une appellation qui nous renvoie 50 ans en arrière. Un aller-retour à Turin plus tard, on vous explique pourquoi.

Le célèbre Lingotto, l’un des principaux sites industriels de FIAT à Turin | © Bertrand Waldbillig pour Les Grands Ducs

Un nom, une histoire, une ligne

Dévoilée en 1966 au Salon de Turin, le Spider 124, issue de la berline du même nom, a connu une belle carrière des deux côtés de l’Atlantique et ce pendant près de 20 ans.

Pour le compte de Pininfarina, le designer américain d’origine néérlandaise Tom Tjaarda signe un profil pur et équilibré, mais jugé trop peu audacieux à l’époque. Juste ce qu’il faut, en tout cas, pour traverser les années avec un certain panache !

La Fiat 124 Spider | © Bertrand Waldbillig pour Les Grands Ducs

La mécanique n’est pas en reste, avec un quatre-cylindre double arbre concocté par Aurelio Lampredi, motoriste de renom ayant auparavant œuvré chez Ferrari. 90ch, c’est peu mais les rares versions Abarth culmineront à près de 130 ch, et bien plus pour les versions de course. Car le Spider 124, préparé par Abarth, donc, s’est taillé un joli palmarès en compétition. Bref, il ne semblait pas incongru de ressortir l’appellation des cartons et de livrer une interprétation contemporaine du Spider 124.

Le retour

Fin 2016, cinquante ans tout juste après le lancement de la première version, Fiat commercialise son nouveau Spider 124. Côté look, c’est un sans-faute. Et c’est encore plus vrai face à la voiture que sur un écran d’ordinateur : elle multiplie les clins d’oeil à son ancêtre (dessin des phares, de la calandre…) tout en évitant l’écueil du néo-retro un peu caricatural. Bas et suffisamment large, avec des hanches bien marquées, le nouveau Spider se montre même plus expressif que l’ancien.

A l’intérieur, même son de cloche : assise basse et enveloppante, tableau de bord épuré et revêtu de cuir, court levier de vitesse… Tout ou presque y est pour donner envie de tailler la route.

Au volant

Turin et ses bouchons, glaciale et enneigée de surcroît, n’est pas le terrain de jeu idéal pour découvrir comme il se doit le potentiel d’une petite propulsion découvrable. Car avec 140 ch pour un poids dépassant à peine la tonne, le potentiel est bel et bien présent.

© Bertrand Waldbillig pour Les Grands Ducs

Largement suffisant pour une ballade à rythme soutenu, les cheveux au vent. Ce qui résume assez bien ce que l’on demande à un roadster. En ville, la voiture préserve un minimum de confort et se faufile aisément, c’est bon à savoir.

Alors, on l’achète ?

Il faut bien se lancer : oui, le Spider 124 du XXIème siècle est l’une des plus ravissantes automobiles actuelles. Et comme le ramage vaut bien le plumage, on la verrait très bien dans son garage. Seul regret : un nuancier et des possibilités de personnalisation encore limitées. Environ 30 000 euros, cela reste une somme, mais elle en offre tant…

Et Turin ?

Histoire de briser un story-telling un peu trop parfait, le nouveau Spider n’est pas assemblé à Turin, mais au Japon, tout simplement car il est le fruit d’un partenariat avec Mazda et partage sa plateforme avec la MX-5. Carrosseries et motorisations sont évidemment spécifiques à chacun de deux roadsters.

Mais revenons à Turin où cette 124 blanche a choisi de nous dévoiler ses charmes… Comme nombre de cités au lourd passé industriel et condamnées à se réinventer pour survivre, la capitale du Piémont semble animée d’une énergie qui fait un peu défaut à d’autres villes transalpines, figées dans leur décor séculaire.

Turin, une ville industrielle © Bertrand Waldbillig pour Les Grands Ducs

Les anciens bâtiments industriels sont peu à peu reconvertis en commerces, hôtels ou centres d’art et se laissent découvrir sous un nouveau jour. Le célébrissime Lingotto, ancienne usine Fiat construite dans les années 1920 et dont le toit servait autrefois de piste d’essai, en est le meilleur exemple. Il abrite aujourd’hui deux hôtels, un centre commercial, une pinacothèque, un restaurant panoramique etc.

Austère au premier regard, avec ses larges avenues bordées de palais baroques, la ville se mérite mais ne tarde pas non plus à dévoiler ses charmes, au premier rang desquels une passion réelle pour l’art et l’architecture contemporains. Renzo Piano, Norman Foster, Mario Botta ou Gae Aulenti ont fait entrer Turin dans le XXIème siècle, tandis que la création artistique investit chaque année davantage les anciennes friches industrielles. Que l’on se rassure : en termes de gastronomie et de douceur de vivre, Turin reste italienne avant tout. Alors, en Fiat ou pas, on y fonce sans hésiter !

Bertrand Waldbillig

Carnet d’adresses
Castello di Rivoli
Piazzale Mafalda di Savoia, 2, 10098 Rivoli
Perché sur une colline à une demi-heure du centre-ville, le Castello di Rivoli est un château fort remanié façon baroque au XVIIème et XVIIIème siècles. En ruines, il est reconverti en musée d’art contemporain dans les années 1980. Son parcours d’une quarantaine de salles abrite les œuvres monumentales des plus grandes artistes actuels : Ai Wei Wei, Daniel Buren, Sol LeWitt, Maurizio Cattelan… Le tout, dans un cadre à couper le souffle.
Centre historique Fiat
20 Via Chiabrera
Situé non loin du Lingotto, dans l’une des première usines de la marque, le Centre Historique Fiat abrite une partie des archives du groupe : dessins techniques, affiches, magazines… On peut y découvrir, par exemple, l’histoire ferroviaire et aéronautique de Fiat. Côté voitures, c’est une sorte de best-of : de la monstrueuse Mefistofele construite pour battre le record du monde de vitesse sur piste en 1924 au coupé 2400 Dino, en passant par la 500 Nuova ou la 8V. Attention, il n’est ouvert que le dimanche de 10h à 19h.
Teatro Regio
Piazza Castello, 215
Sur les ruines de l’ancien opéra, détruit pendant la seconde guerre mondiale, le nouveau Teatro Regio fut inauguré en 1973. Imaginé par Carlo Mollino, le plus grand architecte turinois d’après-guerre, il renferme une immense salle de spectacle aux allures de vaisseau spatial, sauce seventies. Les fans de design seront conquis dès le franchissement de sa spectaculaire porte en bronze créée par Umberto Mastroianni, oncle du célèbre acteur. Une visite guidée est organisée chaque jour à 15h.
Casa del Barolo
Via Andrea Doria, 7,
Passage obligé pour les amateurs de vins, la Casa del Barolo propose plus de 1000 références, dont un large éventail de vins Piémontais, au premier rang desquels le fameux… Barolo. Le restaurant accolé revisite la cuisine locale avec talent, sans trop en faire dans le côté « revisité », justement. C’est moderne, inventif ce qu’il faut, mais bien ancré dans le terroir, à l’image du décor.
Eataly
Via Nizza, 230/14
Alors que le Marais parisien s’apprête à accueillir en 2018 ce concept de gigastore de la gastronomie italienne, celui de Turin (le premier) fait désormais figure de passage obligé. On y fait ses emplettes gourmandes avant de déguster une pizza sur le pouce. Parfait avant de grimper au sommet du Lingotto tout proche.
Hôtel NH Lingotto
Via Nizza, 262
L’hôtellerie transalpine étant ce qu’elle est –disons… globalement surannée, les palaces défraîchis sont légion à Turin. Certains ont cependant été rénovés avec goût, comme le Turin Palace. Le NH Lingotto offre tout le confort moderne dans un décor un peu impersonnel d’hôtel de chaîne… Mais c’est aussi la possibilité de séjourner dans le « saint des saints » ! Au final, un bon point de chute.