Grande -et belle- figure du design italien, Gabriella Crespi s’est éteinte l’an passé à plus de 90 ans. Bien née et très bien mariée, la créatrice à l’allure viscontienne fut socialite avant l’heure, elle dont les rares et précieuses créations s’arrachaient de Monaco aux palais d’Iran, entre les années 1960 et 1980. Un petit millier de pièces en tout et pour tout, que la grande décoration et le marché de l’art redécouvrent depuis une dizaine d’années. Notre sélection de six pièces, pour retracer un destin hors du commun…

Gabriella Crespi

Sculpture Lune, 1969

© Portuondo

Après une première série de petits objets créés en nom propre, Gabriella Crespi collabore dans les années 1960 avec la maison Dior, pour laquelle elle imagine vases et services de table… et bien d’autres pièces décoratives siglées « Made in Italy for Christian Dior ». Au même moment, elle crée ses premières sculptures inspirées de la Lune, un thème qu’elle explorera tout au long de sa carrière.

Lampe Fungo, 1973

© Piasa

Réalisées en toute petite série par une poignée d’artisans italiens, les créations signées Crespi privilégient les matériaux nobles : bois laqués, plexiglas, miroir ou encore le laiton poli, son métal de prédilection. La série Rising Sun (1973-1975) met à l’honneur le bambou, très en vogue dans les années 1970 et dont la souplesse permet une grande variété de formes. La lampe Fungo en laiton et bambou est l’une des pièces les plus célèbres de Gabriella Crespi.

Sculpture Autruche, 1973

Autre constante de l’oeuvre de Gabriella Crespi : son intérêt marqué pour la faune et la flore. Dans la plus pure tradition de l’orfèvrerie italienne, elle imagine toute une galerie d’animaux en bronze doré ou argenté, associé à du verre de Murano ou encore de véritables œufs d’autruche.

Miroir Gotico, 1977

© Piasa

Comme un hommage au Duomo de Milan, la ville de sa première galerie (avant l’ouverture d’une seconde, à Rome), Gabriella Crespi n’hésite pas à revisiter l’architecture gothique avec une série de pièces en laiton aux noms évocateurs : la chaise Cattedrale ou le miroir Gotico, en forme d’ogives superposées, élément architectural gothique par excellence.

Table Yang Yin, 1979

© Galerie Chastel Maréchal

Née en 1922 dans la haute société toscane, Gabriella Crespi n’était pas seulement une petite fille riche toquée de design, mais bel et bien une artiste talentueuse, formée dans les meilleures écoles. Etudiante en architecture à l’Ecole Polytechnique de Milan, elle admire le travail de Le Corbusier et de Frank Lloyd Wright. De fait, son travail est marqué par une approche architecturale et un aspect multifonctionnel caractéristique de la série Yang Yin, lancée en 1979 avec des tables ou bureaux articulés et dissimulant des espaces de rangement.

Bureau Z, 1974

© Phillips

Mariée à l’une des plus riches familles d’Italie, propriétaire, entre autres, du Corriere Della Sera, Gabriella Crespi appartenait elle-même au gotha international, réserve inépuisable de clients fortunés : Grace de Monaco, le Shah d’Iran, Paola de Belgique, le prince Fayçal d’Arabie saoudite… Trop de richesses pour une âme d’artiste ? En 1987, Gabriella Crespi décide de tout arrêter pour mener une longue quête spirituelle en Inde. Elle ne rentrera en Italie que vingt ans plus tard, au moment même où son œuvre est à nouveau célébrée. En 2014, un bureau Z s’envole ainsi à plus de 250 000 euros aux enchères à Londres.

Bertrand Waldbillig

Où la trouver ?
A la Galerie Chastel-Maréchal
5 rue Bonaparte
75006 Paris
En savoir plus
Grâce aux archives