On n’y penserait pas spontanément. Et pourtant, une escapade en Israël dans un kibboutz face à la mer Morte reconverti en espace bien-être, s’avère une manière originale et séduisante de se détendre et de découvrir les facettes méconnues de cet Etat unique.

Au kibboutz d’Ein Gedi

Dans les années soixante, les étudiants rêvaient d’aller passer quelques mois dans un kibboutz, symbole de générosité, de partage, de découverte, de dévouement au service de la communauté. Une démarche altruiste dans l’esprit de l’époque… Aujourd’hui, force est de constater qu’on cherche plutôt à se faire du bien plutôt qu’en faire aux autres… Alors les Israéliens, pragmatiques, se sont adaptés aux nouvelles tendances. Ils ont transformé les kibboutzim où l’on travaillait dur en lieu de bien-être où l’on vous bichonne… L’oasis d’Ein Gedi, qui surplombe le littoral de la mer morte, en a fait sa spécialité, aidé par les atouts naturels de la région. A commencer par cette mer au taux de salinité tel, qu’allongé dans l’eau sur le dos, il est difficile de reposer les pieds sur le fond sans basculer sur le côté !

Le silence du désert

Ein signifie source en hébreu, et si la bible mentionne cet espace désertique et rocailleux, c’est que l’eau avait permis à des hommes, 5000 ans av.JC, de s’établir dans ce lieu aussi splendide qu’hostile.

7000 ans plus tard, en 1956, la belle austérité et l’aridité des hautes parois rocheuses ocre n’ont pas rebuté les fondateurs de ce kibboutz. A l’époque, il fallait bien de l’audace et de l’énergie pour faire pousser des fruits et des légumes sur la caillasse afin de nourrir une communauté de travailleurs. Six décennies plus tard, le système communautaire a disparu, mais les fruits et légumes sont toujours aussi variés et appétissants -du moins si l’on en juge par la table du restaurant du kibboutz où l’on vous sert la kémia, ces petites préparations irrésistibles de légumes qui s’accommodent si bien avec les viandes grillées.

On mange donc sain et bien à Ein Gedi. On y dort aussi très bien, dans un silence de désert. Les maisons communautaires ont été transformées en bungalow luxueux et confortables, suivant les attentes d’une clientèle exigeante, en quête de détente absolue.

Une piscine d’eau salée de la mer Morte

On s’y fait aussi dorloter, car les installations fonctionnelles du kibboutz ont été réaménagées en spa dans un souci d’excellence. Les prestations sont multiples et s’articulent autour d’un hammam, d’un sauna, d’une piscine extérieure avec vue et, nec plus ultra, d’une piscine d’eau de la mer Morte.

L’expérience de la salinité est saisissante. Seul bémol, pour les visiteurs d’un jour, le manque de cabines dans les vestiaires. Un manque d’intimité qui peut gêner… Mais peut-être est-ce le dernier vestige de la vie communautaire du kibboutz ?

Des eaux calmes à Massada

La piscine d’eau salée et les soins ne devraient cependant pas dévier le visiteur de s’essayer à l’immersion grandeur nature… L’expérience de cette mer tiède, sans ride, sans vie, sans transparence, est déroutante. Se baigner dans cette étendue dont la tonalité violine se perd dans un halo diaphane, au point où eau et ciel se mêlent, est d’une autre dimension. Petit conseil : ne pas oublier de porter des chaussures aquatiques à semelle épaisse sous peine de vivre une autre expérience, celle du fakir… Et marcher pieds nus sur la croûte de sel au sol s’apparente au chemin de croix !

Le jardin botanique d’Ein Gedi

A Ein Gedi, il faut aussi découvrir le charmant jardin botanique, ses centaines d’espèces végétales et ses baobabs. Ils ont quelque chose de touchant, de gracieux même, ces arbres si gros, si gris et si grimaciers, épanouis sur ce petit morceau de terre verdoyant arraché au désert. Un hymne à la ténacité bâtisseuse des hommes. Aux alentours, à trois kilomètres à peine du kibboutz, les cascades de la réserve naturelle valent le détour. Mais l’impératif, c’est la mythique place forte de Massada, à 20 minutes en voiture.

Terre de symboles

L’éperon rocheux est à lui seul tout un symbole : celui de la résistance juive face aux Romains (non sans référence à la situation politique présente); celui de la prise en main de son destin face à l’adversité; de la détermination d’un peuple jusqu’à son dernier souffle, puisque les mille défenseurs de la citadelle se donnèrent la mort plutôt que de se rendre.

Massada

La forteresse construite entre 37 et 15 avant notre ère par Hérode, dernier roi de Judée, offre un panorama à couper le souffle : à l’ouest sur le désert et à l’est sur la mer Morte. Ses ruines sur 200 hectares permettent d’imaginer l’ingéniosité de l’architecture du palais-forteresse. A son pied, les vestiges des camps, des fortifications et du remblai construits pour prendre d’assaut le plateau, illustrent la puissance de la civilisation romaine.

Pour les randonneurs, on peut accéder à Massada par le sentier dit de la Serpentine (une heure d’ascension) ou celui, plus court mais accessible par une autre route, du remblai. Pour les plus paresseux, le téléphérique est rapide et permet de profiter de la vue…

Loin de l’agitation de Tel-Aviv et de la fébrilité fascinante et mystique de Jérusalem, on se laisse séduire par Ein Gedi, calme, luxueuse et révélant une autre facette historique d’un pays unique. D’autant plus qu’aujourd’hui, les kibboutzim tels que conçus par les Juifs russes arrivés en Palestine, qui ont été l’un des fers de lance de la construction économique du jeune état d’Israël ne se comptent plus que sur les doigts de la main… 

Patricia-M. Colmant

 

Question pratique
Pour y aller : 15 vols par semaine par Transavia Paris-Orly-Tel-Aviv
2 vols par jour Air France
A partir de 150 € l’aller-retour
Réserver au Ein Gedi Kibbutz hotel