Quintessence absolue de la Suédoise chic et décalée, la Saab 900 occupe une place à part sur le marché des youngtimers. Jamais démodée puisque jamais vraiment à la mode, snob – mais juste un brin, accessible à l’achat mais coûteuse à l’entretien, la belle scandinave cultive les paradoxes. Alors, bobo-car à l’image surfaite, ou vraie voiture de connaisseur ? Réponse en cinq points.

Exotique

La Saab 900 est-elle une jolie voiture ? Difficile de répondre à cette question. Une chose est sûre : elle ne ressemble à aucune autre et ne laisse personne indifférent. Avec son profil en forme de crosse de hockey, hérité de la 99 (née en 1968 !), la version trois portes est incontestablement la plus réussie et la plus appréciée des amateurs. A ses côtés, le cabriolet prend des airs de calèche rétro-futuriste avec son épaisse capote soulignée d’un étonnant bourrelet en caoutchouc. Mais là encore, ça fonctionne. La ligne des cinq, quatre et deux portes (la plus rare) est moins heureuse. Voire carrément ingrate aux yeux de certains…

Intelligente

Au début des années 90, une étude (probablement commandée par le constructeur suédois lui-même) affirmait sans rire que Saab arrivait en tête des marques préférées des catégories socio-culturelles les plus élevées. Si l’argument manque singulièrement de modestie, il n’en paraît pas moins fondé : les architectes, médecins et autres professions libérales avouaient en effet un gros faible pour la 900, au tournant des années 1990. Moins tape à l’œil qu’une BMW, moins ennuyeuse qu’une Audi et moins « pépère » qu’une Mercedes ou une Volvo, elle ne leur a toutefois pas survécu. Les meilleurs partent toujours les premiers…

Ludique

La 900 n’est pas seulement un objet baroque, mais aussi un engin bien pensé et efficace. Son quatre cylindre 2 litres culmine à 185 cv en version turbo 16 soupapes « haute pression » et boîtier rouge (pour les connaisseurs). Une motorisation animant la fameuse version Aero, appellation officieuse désignant la finition haut de gamme, reconnaissable à sa panoplie sportive (kit de carrosserie et suspension raffermie). Une puissance garantissant des reprises du tonnerre (« effet turbo ») et plutôt bien assimilée par le châssis. Traction oblige, la motricité avant sur sol humide reste perfectible et c’est là son seul défaut.

Raffinée

Les versions haut de gamme de la 900 sont remarquablement équipées pour l’époque : climatisation, régulateur de vitesse, freinage ABS, vitres électriques… Rien ou presque ne manque. Les sièges à réglages électriques (en option) sont chauffants sur toutes les 900, et recouverts d’un très beau cuir sur les Aero et cabriolet (option assez répandue sur les autres). L’ultime édition limitée GT Aero (1993) s’offre même une sellerie mixte cuir et tissu de la maison de mode italienne Zegna. Bref, on se sent bien en Saab 900, même si la place à bord n’est pas délirante. Le coffre, en revanche, est gigantesque. Même la découvrable ne saurait obliger à voyager léger.

Exigeante

Produite à près d’un million d’exemplaires, la 900 est tout sauf rare. Réellement fiable, faite pour aligner les kilomètres, la plupart des spécimens encore en circulation accusent toutefois le poids d’un usage intensif. Disparition de la marque -et de son réseau- oblige, son entretien n’est pas une sinécure : si quelques spécialistes subsistent, les pièces viennent à manquer cruellement. Bref, posséder une 900 exige quelques sacrifices. Si les Aero et cabriolets en état « concours » peuvent dépasser les 15 000 euros, le tiers de cette somme peut suffire à l’acquisition d’une 900 plus que correcte. Peu cher payé… Pour une telle dégaine !

Bertrand Waldbillig