Uniques au monde, les courses hippiques dominicales courues en février sur le lac gelé de Saint-Moritz, attirent chaque année un public amateur de chevaux dans une ambiance hédoniste joyeuse.

© swiss-image.ch | photo Andy Mettler

Une immense étendue blanche et glacée, enserrée dans une collerette de crêtes dentelées se détachant sur le ciel bleu. Des ombres colorées dans un nuage de neige se déplacent au grand galop. Dans les tribunes, la foule rivalise d’élégance. Le décor est posé. Nous sommes un dimanche de février dans les Grisons, à l’extrémité Est de la Suisse. C’est ici, à la station de Saint-Moritz, que sont accueillis pour la 111e année, les courses de chevaux sur glace. Certains propriétaires, Suisses bien-sûr, mais aussi Allemands, Anglais, Russes ou Français, ne manqueraient pour rien au monde cet évènement hippique et mondain unique, où se pressent 30 000 spectateurs.

Pour ce troisième et dernier rendez-vous dominical de la saison, la météo est idéale : soleil et grand froid. La température polaire maintient l’épaisseur de la glace du lac autour de 50 cm. Parfait pour supporter le martèlement des sabots sur le sol. Parfait aussi pour héberger ce village de tentes blanches et de gradins qui bordent l’hippodrome éphémère. Car tout repose sur la glace : les buvettes et restaurants, les boutiques raffinées, les tentes VIP -la plus huppée étant réservée aux propriétaires. Les autres tentes accueillent somptueusement les heureux invités de Longines, sponsor et chronométreur officiel, ou ceux de BMW et du Crédit Suisse, eux aussi partenaires. Dans l’attente de la première course, on se presse autour des deux Rolls Royce Dawn exposées au centre du village. Un dimanche pour le plaisir des sens…

Mais l’essentiel est ailleurs : paddock, vestiaires des jockeys, pesée, rond de présentation des chevaux, tour d’observation pour les commissaires de course, écrans pour la retransmission en direct, estrade fleurie de remise des prix et partout des guichets à disposition des parieurs… Un vrai champ de course prend possession de ce lac suffisamment étendu (78 ha) pour tracer des parcours de 1300 à 2700 mètres de longueur.

Le Grand Prix Longines

Ce dernier dimanche, sept courses sont au programme dont la grande finale Longines. Outre le fait de courir sur la glace, l’originalité de ce rendez-vous suisse réside dans la variété du type de monte. Le terrain permet aussi bien des épreuves de galop (il y en a quatre), que de trot attelé (deux).

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Plus inattendue, une course très spectaculaire de ski joering : les cavaliers skieurs, au lieu d’être à cheval, sont à ski et tiennent les rênes… Certes, les fers des pur-sang sont dotés de petits clous pour contrer les risques de glissade. Mais libéré du poids d’un cavalier sur ses reins, le coursier va encore plus vite. A près de 60 km/h, son jockey-skieur doit concentrer ses efforts pour rester en équilibre. Imaginez l’adrénaline du jockey, au coeur du peloton, tentant de doubler un cheval concurrent. D’autant que les projections de neige et de glace lancées par les sabots peuvent déséquilibrer les jockeys.

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Certes, un triangle de tissu tendu entre les jambes-arrière du cheval et le skieur limite un peu les dégâts. Le visage du skieur est protégé par un masque, comme celui des jockeys lancés à plein galop. Mais à l’arrivée, les compétiteurs admettent avoir souffert. “Ces épreuves sont magnifiques, l’accueil ici est formidable, mais il ne faut pas être naïf, c’est dangereux” explique Eddy Hardouin, jeune jockey normand qui vient de terminer 4e du grand prix Longines. Il est arrivée la veille de Cagnes-sur-Mer avec Jungleboogie, un cheval qui comme son jockey, n’a jamais couru sur la glace, pour participer à cette grande finale Longines, l’évènement phare de la journée. “Si nous avions pu faire au moins une course avant pour que mon cheval se familiarise avec cette surface très spéciale nous aurions eu nos chances” estime le Français avant de remonter dans son camion pour rentrer à Cagnes…. moins de deux heures après sa course.

Un sport violent

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A Saint-Moritz, si le trot attelé ne diffère guère pour le jockey d’une course sur la cendrée, les cavaliers ne doivent pas avoir froid aux yeux pour lancer leur monture au grand galop sur cette surface si glissante. La violence de ce sport équestre est réelle : hommes et femmes risquent littéralement leur vie. En cas de chute, le cavalier peut-être foulé par les fers à clous d’un cheval concurrent. Ce jour là, en ski joering, il y a eu trois chutes. Un des chevaux, livré à lui-même, son skieur ayant lâché prise, a coupé la route d’un autre et a fait tomber l’attelage. Incident heureusement sans gravité. Jockey et monture se sont remis en piste et ont terminé l’épreuve…

Après cinq heures dans cette belle lumière, chacun a réajusté son vison, ses plumes ou sa peau de loup, et s’est congratulé pour ces délicieux moments ponctués de deux ou trois minutes d’adrénaline, le temps d’une course… Rendez-vous en février 2019 !

Patricia-M. Colmant


3, 10 et 17 février 2019

Rennverein St. Moritz,
Postfach 80, CH-7500 St. Moritz