Si la 41ème édition du mois dernier – marquant traditionnellement l’arrivée des beaux jours – s’est déroulée sous un climat légèrement capricieux, les 42 équipages  du rassemblement des 100 GT n’ont pas pour autant boudé leur plaisir entre piste glissante et routes sinueuses du Calvados. Une fois encore, une belle histoire de cylindrées et surtout de copains…

Depuis plus de 40 ans, les 100 GT ont su gagner le cœur des gentlemen drivers pour figurer comme une étape attendue au calendrier automobile tricolore, entre amateurs chevronnés, collectionneurs invétérés, propriétaires d’anciennes, parfois d’humeur résolument moderne. Une occasion inédite pour votre serviteur de prendre place cette année dans une auto, et de vivre le rendez-vous de l’intérieur,  à bord du V12 italien chantant d’une Ferrari 400i.

Vendredi 9 mars. C’est par un temps couvert que notre équipage quitte la capitale à destination de la Normandie, et si le point de départ des festivités s’annonce dès l’après-midi sur le circuit de Pont-L’Evêque, nous ne résistons pas à l’appel de l’iode pour pousser notre monture jusqu’à Trouville. Là nous retrouvons quelques participants enjoués attablés au Central, devisant mécanique, entre crustacés et coups de Sancerre.

Le parking du front de mer annonce déjà la couleur : un couple de sexagénaires en goguette, émus, nous interpelle, semblant enchanté de replonger le temps d’un instant dans le passé. Il y a dans l’automobile ce côté proustien transgénérationnel et cette envie de prolonger les souvenirs… Nous les quittons pour regagner à une quinzaine de kilomètres notre première étape.

© Laurène Bigeau

Niché dans les hauteurs de la ville éponyme, le circuit de Pont-L’Evêque se mérite et s’affiche, telle une clairière, à l’orée d’un bois que nous grimpons sagement avant d’entendre les vrombissements des premières pistardes. Avec ses 2 km de long et 8 m de large, le tracé mise sur sa succession de virages et offre peu de lignes droites favorisant les pointes de vitesse. De quoi jouer technique sur les placements dans les courbes, le tout –ce jour là- avec une piste légèrement humide.

Les petites Lotus Exige se régalent et quelques chevaux cabrés récents (458 Spider et 812 Superfast) donnent de la voix sur une piste qui ne cesse de gagner en lourdeur. Restée au paddock, une magnifique Bugatti 44 patiente aux côtés de deux phénomènes de course ayant inscrit leur nom dans la légende et dont les courbes affolent le palpitant : l’Alfa Romeo Giulia TZ (fruit du renversant coup de crayon de Zagato) et la Jaguar Type E Lightweight (seulement 12 modèles produits par la firme de Coventry).

On croise même une McLaren 675 LT, les représentantes de Stuttgart venues, quant à elles en délégation : Speedster Turbo Look ainsi qu’un rare modèle étroit, une 911 SC Targa cadeau de rupture du beau Serge à Jane B, une 968 Club Sport ou encore une 911 2.2l première main. Du côté de la firme de la Bayersiche Motoren Wercke, une élégante 6.35 CSI est parvenue à tenir le bitume, malgré sa tonne et demi, ainsi qu’un rare Break Touring E34.

Ca chasse, ça glisse et ça joue également à quelques mètres sur le circuit attenant de Karting sous un ciel qui pleure doucement, mais où chacun s’accroche quand même aux chronos.

Arrivée à Deauville, entre chien et loup. Le garage du Normandy fait frémir ce jour-là, on se croirait presque dans une séquence revisitée de 60’s Chrono -mais sans Nicolas Cage.

Samedi 10 mars. Après un dîner dans une institution locale (et une nuit un peu courte), il pleut sur les planches au petit matin. Seuls les galopeurs ont investi la plage. Ils sont pourtant quelques-uns à avoir bravé l’ondée normande pour venir apercevoir le départ du run du jour.

S’ensuivent deux heures d’échappée pour rallier le Château de Vendeuvre, une bâtisse sise aux confins du Calvados et de l’Orne. Plus de 60 km de routes escarpées et de chemins de traverse où le paysage oscille entre rase campagne et traversées de villages sans parfois croiser âme qui vive.

L’équipée sauvage bat bon train et nous cravachons notre Ferrari 400i pour rester dans les roues de l’Alfa TZ dont le chant du 4 cylindres rugit à 400 mètres à la ronde, faisant tourner toutes les têtes sur notre passage. Dans notre sillage, une Bentley Torpedo 4.5l Tourer Le Mans, gagnante des 24h du Mans à de multiples reprises dans les années 30, remonte dans notre rétroviseur pour nous dépasser sans vergogne, sous une pluie ayant doublé d’intensité.

Qu’importe ! On se passe, on se double, on s’arrête pour opérer les changements de volant. Partout le même plaisir, démultiplié avec l’arrivée miraculeuse du soleil peu avant d’atteindre le village de Falaise, dernier bastion à seulement quelques kilomètres de l’arrivée de l’étape.

Sur le parc de ce superbe château dans le plus pur style XVIIIème, l’ensemble des autos est réuni. On y voit notamment une Lamborghini Miura de couleur rosso qui a rejoint ses cousines de Maranello, ainsi qu’une Ferrari 330 GTC – bleu comme le ciel d’un après-midi de printemps, une 911 2.4 Targa dorée, une 2l Turbo tangerine vitaminée, et notre 400i retrouve quant à elle ses deux voitures sœurs.

Tablées bon enfant -à la nôtre il est question de bonne chère et de jolis flacons (tiens donc, étonnant…), visite du château et de ses incroyables jardins, et le temps est venu de signifier l’heure du départ pour rentrer à l’écurie alors que d’autres prolongent le week-end sous le soleil normand. A la station Total, et alors que nous abreuvons notre monture, un hennissement surgit d’un van attelé à un 4×4 garé à la pompe à essence voisine. Décidément la Normandie est plus que jamais une terre de chevaux…

Laurène Bigeau

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