D’Etretat on garde la mémoire de falaises de craie blanche découpées à la serpe se jetant dans l’eau d’émeraude de la Manche. Il y a pourtant bien d’autres charmes à découvrir dans ce coin de Normandie cher à Guy de Maupassant et Maurice Leblanc. A commencer par le Domaine Saint Clair, récemment investi par Jean-Charles de Castelbajac.

 

Autrefois station balnéaire des plus réputées, ayant fait la joie des parisiens XIXième invités par Maupassant à quelques fêtes mémorables, peinte aux couleurs impressionnistes de Monet, Etretat a peu à peu semblé sombrer dans une nonchalance pittoresque, l’éloignant des désirs de week-end de nos contemporains.

Il faut pourtant, pour qui ne l’a encore jamais fait, découvrir ce coin de Normandie qui offre au visiteur un peu plus que le souvenir d’une gloire passée.

Pour villégiature, aimant voir le monde de haut, vous descendrez donc au Domaine Saint Clair dont la vue sur la cité en contrebas, les falaises et les reliefs maritimes sont incomparables. Ce donjon anglo-normand de 1832 rénové, aux airs de pension de famille et dirigé de main de maître par Omar Abodib, accueille une petite vingtaine de chambres et de suites aux ambiances différentes et charmeuses (la Pierre Loti, par exemple, flirte avec l’orientalisme quand la Major révèle l’intérieur d’un gentleman voyageur).

C’est d’ailleurs le charme de cette vaste propriété qui a séduit un hôte régulier des lieux, Jean-Charles de Castelbajac qui a décidé de rendre un hommage coloré à la Normandie de son enfance en décorant d’une fresque superbe la salle à manger avec vue. Les couleurs primaires de l’artiste, ses anges, ses voiles et ses pavillons, ses longues citations en clin d’œil confèrent à l’endroit une poésie vibrante et contemporaine. Et quand celle-ci se prolonge avec vue sur la mer, que demander de plus ?

Une mer vers laquelle tout Etretat semble tourné. Les rues étroites y convergent en pente douce et il ne faut en aucun cas se priver d’une promenade sur la plage de galets, prélude tranquille à l’ascension des falaises surplombées par la Chapelle Notre-Dame de la Garde. C’est pourtant vers l’autre flanc que vos pas devront vous mener pour une excursion où l’air pur, le son du ressac et le blanc des aplombs de craie vous feront vite oublier les avenues parisiennes. Cette promenade en pleine nature ne se fera cependant pas dans la solitude la plus extrême, à moins de privilégier les premières heures du jour ou la saison hivernale (notre préférée). Et si le froid se fait trop insistant, ou si, tout simplement, vous souhaitez jouir de la vue estivale, allez donc boire un verre ou un thé au Dormy House qui jouit sur les hauteurs d’un très beau panorama.

Si Courbet, comme Monet, Delacroix ou Corot, a magnifié lui aussi les falaises d’Etretat, c’est une autre gloire locale que vous devrez impérativement honorer de votre présence. En effet, la demeure de Maurice Leblanc (1850), renommée en « Clos Lupin », ouvre ses portes aux amateurs du Gentleman Cambrioleur (nous en sommes !) pour une visite immersive dans le monde d’Arsène. Une plongée dans l’univers fin de siècle, déguisements, trésors, voyages et mysticisme qui plaira à toutes les générations. Vous en repartirez forcément avec un exemplaire de l’Aiguille Creuse, l’aventure d’Arsène Lupin ayant pour cadre Etretat.

Passage obligé des repas de la Côte d’Albâtre les crêpes sont de très belle facture au Lann Bihoué où, en saison, au-delà des sempiternelles « complètes » et « pommes-camembert » on se régalera d’une belle crêpe aux coquilles Saint-Jacques, fermes et fraîches, nappées d’une crème onctueuse comme seule la Normandie peut les offrir. Autre option de déjeuner simple, pour le cliché d’une moules-frites, direction La Salamandre dans une demeure médiévale où crépite un feu de cheminée. Une grande salle à la décoration de bric et de broc, un service aux petits soins et des comestibles de bel acabit, c’est le petit souvenir auquel on aime s’attabler le dimanche midi avant le retour à Paris.

Mais pour de vrais accents gastronomiques, c’est au Domaine Saint Clair qu’il faudra s’attabler. Le jeune chef Olivier Foulon y cultive son propre potager et assemble dans une cuisine mariant à l’envi terre et mer, les meilleurs produits de la région (pêche de la criée de Fécamp, canard d’Yport, escargots de Maniquerville…) « Homard breton, choux Romanesco », « Faisan de chasse, salsifis » « Retour de criée, sanglier de chasse », « Saint Jacques de la Criée de Fécamp, caviar »… Des assiettes généreuses, où l’imagination ne trahit jamais le terroir.

Ainsi, le bonheur d’Etretat, cet ancien village de pêcheurs encaissé devenu station balnéaire à succès, ce ne sont pas que les promenades sur les falaises en à pic des flots verts transparents et la découverte des jardins. Ce sont aussi quelques beaux plaisirs de bouche et une plongée dans une histoire du XIXième siècle que nous ne nous lassons pas de redécouvrir. Des plaisirs qui toutefois se méritent : il n’y a plus de gare à Etretat.

 

Thierry Richard
(Texte et photos)

 

 

Domaine Saint Clair – Le Donjon
Chemin de Saint-Clair
76790 Étretat
Téléphone : 02 35 27 08 23
Le Clos Lupin, Maison Maurice Leblanc
15, rue Guy de Maupassant
76790 Etretat
Téléphone : 02 35 10 59 53
Jardins d’Etretat
Avenue Damilaville
76 790 Etretat
Téléphone : 02 35 27 05 76
Lann Bihoué
45 rue Notre-Dame
76790 Etretat
Téléphone : 02 35 27 04 65
La Salamandre
4 boulevard René Coty
76790 Etretat
Téléphone : 02 35 27 17 07
Dormy House
Route du Havre
76790 Etretat
Téléphone : 02 35 27 07 88