A l’occasion des commémorations des 70 ans de l’une des marques les plus connues au monde, le Design Museum de Londres a frappé fort pour offrir à ses visiteurs une immersion au cœur de la genèse de Ferrari. Encore un mois pour sauter dans un Eurostar et s’offrir le mythe, le temps d’un instant…

Vue de l’exposition © Luke Hayes

Plus qu’une exposition, Ferrari under the skin offre un réel parcours initiatique. Passé l’accueil solennel du sas, on comprend immédiatement qu’on atteint le saint-graal, de façon quasi mystique. Documents d’archives, objets et autos en provenance de Maranello mais également issus de collections privées, tout est religieusement mis en scène pour comprendre les arcanes d’une firme née au sortir de la seconde guerre mondiale et lancée par un homme visionnaire.

De la 125 S, premier coup de génie d’Enzo Ferrari jusqu’à la F1 2000 de Michael Schumacher ou encore au concept car hybride, rien n’éloigne le visiteur du fil rouge de la marque, revendiqué par Enzo Ferrari lui-même : concevoir des autos faites pour courir.

Enzo Ferrari et Nando Righetto avec la 125 S dans la cour de la Fabbrica, © Ferrari

Si l’on oublie désormais un peu trop ce postulat, les dessins d’études et autres maquettes en bois, en passant par les coupes de moteurs V8 et V12, ainsi que les études d’aérodynamisme sont là pour témoigner de l’obsession d’une technicité en évolution constante au service de la performance.

Il y a la technicité et il y a le dessin… De tous temps les autos au cheval cabré ont fait rêver, chacune dotée d’un coup de crayon à couper le souffle et empreint d’un style immédiatement reconnaissable. Comment ne pas penser à la série des Ferrari 250 dont la GTO, outre le fait d’avoir conquis le statut d’icône absolue, est surtout désormais la voiture de collection la plus chère au monde ?  

Enzo Ferrari à l’usine, © Malcolm Griffiths, Archives de Ronald Stern

Si Le Commendatore aimait se concentrer sur les moteurs, il a également su s’entourer des designers les plus talentueux pour concevoir de concert avec eux des autos au style devenu légendaire. De sa longue collaboration avec le brillant Pininfarina, on notera ainsi, entre autres, la révolution de l’architecture technique du moteur 12 cylindres à plat en position centrale arrière de la 365 GT4 Berlinetta Boxer, puis plus tard les lignes acérées d’une autre icône Maison, la F40.

Mick Jagger pendant la livraison de sa GTO, à l’usine Ferrari © Ferrari

Conséquence du mythe, la marque a su gagner le cœur de ses acheteurs pour jamais ne le quitter, illustres inconnus férus d’autos, personnalités du monde du spectacle, ou grands de ce monde… De Steve Mc Queen et sa 250 GT Lusso, à Jay Kay le chanteur de Jamiroquai (également propriétaire d’une Lusso) en passant par le compositeur Herbert Von Karajan – pour qui le son d’une Ferrari était un opéra symphonique – ou encore Miles Davis (275 GTB), Clint Eastwood (365 GT4 BB), Mick Jagger (288 GTO) et la collection du batteur de Pink Floyd Nick Mason, sans oublier celle du Shah d’Iran Reza Pahlavi, tous ont été piqués à jamais par le venin de la firme rouge de Maranello.

Vue de l’exposition © Luke Haynes

Dans les années 1980, la régie Renault avait imaginé l’ingénieux slogan “des voitures à vivre”. Ferrari n’a jamais eu besoin de publicité pour susciter le désir et développer l’imaginaire, la force, là encore, d’une légende tenace.

Meeting du 20e anniversaire de la 250 GTO. Déploiement dans la propriété de Pierre Bardinon © Ferrari

Bien sûr, on pourrait disserter encore longtemps sur cette rétrospective – mention spéciale chauvine avec la projection du court-métrage de Lelouch C’était un rendez-vous, tourné en conditions réelles et sans trucage dans les rues de Paris et doublé au son vrombissant de la 275 GTB- mais comme toute expérience, il n’est de mieux que de la vivre pour la ressentir et se l’approprier. Un peu comme une Ferrari, en soi…

Laurène Bigeau

Déchiffrer l’origine du mythe

Ferrari under the skin au Design Museum, Londres
224-238 Kensington High St, Kensington,
London W8 6AG, Royaume-Uni
Jusqu’au 15 avril
Réservation indispensable – 18£ l’entrée
A lire : catalogue de l’exposition, éditions Phaidon, 49,95 €