Avec ses deux grosses virgules oranges sur ses flans à bouchain et sa carène fuselée, le nouveau Figaro Bénéteau plaît déjà. Ce joli bolide à voile vient d’être élu meilleur voilier européen de l’année dans la catégorie special yacht au Boat Show de Düsseldorf. Inspection virtuelle en règle du pur-sang qui pourrait se révéler épuisant pour ses navigants…

© Gilles Martin Raget

La solitaire du Figaro, c’est cette course dans laquelle les marins, transformés en hommes-orchestre à chaque étape de trois ou quatre jours sur leur monocoque de 10 mètres, ne s’autorisent à grappiller que quelques minutes de sommeil çà et là.  Rien de plus : l’impératif, c’est de maîtriser les courants, surveiller le vent, régler sans arrêt les voiles, barrer autant que l’éveil le permet, prendre le bon bord avant les autres concurrents. Bref, ne rien lâcher jusqu’au passage de la ligne. Le tout sur des voiliers très sportifs, tous identiques et de conception classique. Mais ce qui attend les skippeurs à partir de l’édition 2019 promet d’être encore plus exigeant et les minutes de sommeil plus rares, car le nouveau coursier exigera une concentration de chaque instant…

La révolution des foils

© Jean-Dominique Billaud

Sorti des crayons du cabinet d’architectes navals de renommée mondiale Van Péteghem-Lauriot-Prévost, le Figaro Bénéteau 3 (FB3) est le premier voilier de série à avoir des foils, ces plans porteurs, sortes de planches profilées intégrées à la coque qui permettent au bateau de moins s’enfoncer, voire de se soulever sous l’effet de la vitesse, et donc de réduire les frottements dans l’eau. Une révolution, en somme.

Les foils du FB3 ont une originalité notable : au lieu d’être placés sous les coques comme c’est le cas des catamarans de la coupe America 2017, ou de pointer vers le ciel comme sur les bateaux du Vendée Globe, ils sortent à l’horizontal des flancs du bateau et se referment vers le bas et l’intérieur de la coque comme une grosse virgule. L’astuce est triple puisqu’elle permet à ces foils non seulement de soulever le bateau, mais d’avoir un effet anti-dérive et de limiter le risque, pour le skippeur, de prendre son spinnaker (cette grosse voile ballon à l’avant, souvent colorée quand le bateau est vent-arrière ou de travers). Un aspect non négligeable quand on est seul à bord pour gérer les 105 m2 de toile du spinnaker qui ne demandent qu’à s’échapper.

L’un des foils « en virgule » © Ronan Gladu

A bord du FB3, les skippeurs devront aussi jouer avec une grand-voile augmentée, notamment dans les hauts, à 39,5 mètres carrés (contre 38 auparavant) car le mât est plus grand que celui du FB2 et que la forme de la voilure est à corne, c’est-à-dire qu’au lieu de former un triangle elle forme un trapèze. Le génaker a quant à lui plus que doublé à 65 m, Une sacrée taille à gérer quand le vent forcit. Cette garde-robe devrait faire du FB3 une vraie bombe… Et il faudra bien du talent et de la vigilance pour la maîtriser !

Suppression des ballasts

Autre innovation, qui soulagera les navigants dans les virements de bords, la suppression des ballasts. Les voiliers de course sont équipés, depuis des années, de caissons dotés d’un système de remplissage et vidage d’eau. Cela permet à l’équipage d’ajuster ou d’augmenter les contrepoids à la gite, en fonction de la force du vent et de l’allure du bateau. La suppression de cette contrainte a été possible à la fois grâce aux foils et à une quille plus profonde, à 2,5 mètres. Un bon point pour les skippeurs.

© Gilles Martin Raget

En revanche, le transbahutage, d’un bord à l’autre, des sacs de voiles et autre charges, à chaque virement, restera d’actualité… Et tant pis pour les bras fatigués ! D’ailleurs, la nouvelle génération de marins ne fait plus l’économie d’un programme de musculation.

Le FB3, primé yacht européen de l’année, est ainsi résolument moderne avec sa coque à bouchains et cet angle qui se dessine sur ses flancs, qui améliorent les performances de la carène dans l’eau. Destiné à un public professionnel ou d’amateurs très chevronnés, le voilier de série conforte le Français Groupe Bénéteau dans sa place de leader mondial de la voile et initie aux foils les plaisanciers avant-gardistes et audacieux… 

Patricia-M. Colmant

La naissance du Figaro