Historiquement, le Washington Post et le New York Times ont toujours essayé de se damer le pion. En 1971, ils révèlent les documents classés Secret Défense sur le mensonge de la guerre du Vietnam et le scandale du Watergate l’année suivante. Deux films retracent cette bataille du 4ème pouvoir contre la machine étatique américaine. Pentagon Papers, le dernier Spielberg actuellement à l’affiche, prend place juste avant la crise du Watergate qu’on retrouve dans Les Hommes du Président. Question style, on a donc décidé de jeter à nouveau un oeil au film de 1976…

Le contexte

En 1972, deux journalistes déterminés du Washington Post, Carl Bernstein (Dustin Hoffman) et Bob Woodward (Robert Redford), précipitent la chute du président Nixon : c’est le scandale du Watergate.

Robert Redford et Dustin Hoffman

Le style

D’abord, la rédaction. La newsroom survoltée éclairée par sa lumière blanche, les cliquetis continuels des machines à écrire Olympia, les sonneries incessantes des téléphones en bakélite, les réunions de rédaction enfumées… On est loin d’internet, des laptops et des 35 heures ! Bienvenue dans la ruche du Post et son open space à la décoration sixties, recréé à l’identique dans le film, avec ses bureaux faits de modules aux couleurs primaires. USM avant l’heure !

Certes, les hommes portent tous la cravate -normal à l’époque, mais desserrée au col, comme pour mieux faire comprendre leur détachement face à l’austérité de ceux qui les gouvernent. Un gimmick stylistique associé aux chemises col button down froissées qui renforcent l’image des journalistes fouineurs, enchaînant les appels, multipliant le porte-à-porte pour trouver l’info et valider leurs sources…

Le vestiaire du film est clairement un hommage à la culture américaine et son histoire universitaire, l’Ivy League look : de la veste en coton mastic, aux derby military shoes couleur gold, en passant par la cravate club et la chemise Oxford col boutonné à rayures ou bleu indigo…

Si Dustin Hoffman garde volontiers ses sneakers blanches et sa coupe de cheveux hippie, Robert Redford incarne le jeune journaliste Wasp bien coiffé, toujours cravaté. On notera que l’acteur garde au poignet droit sa Submariner 1680 (avec la date, submariner écrit en rouge, un modèle créé pour le marché américain)…

Ben Bradlee, le directeur de la rédaction (qui sera ensuite incarné par Tom Hanks dans Pentagon Papers), affiche plus de sobriété. On retient surtout un ensemble costume sombre, chemise bleu ciel col pointu et nœud papillon noir du plus bel effet. Et bien sûr, une paire de mocassins à mors signée Gucci !

On retient quoi ?

Le costume camel en velours côtelé ! Certes, le velours côtelé (en anglais corduroy) a toujours été connoté “prof de fac”. Mais porté à l’écran par Redford, il prend une tournure détendue, effet velours miélé oblige (sans oublier les manches à deux boutons écartés en cuir tressé !)

Et nous ? On la porte avec une chemise Oxford bleu ciel et une cravate en tricot ou en flanelle. La maison anglaise Drake’s propose cet hiver un costume en velours côtelé bleu roi foncé tandis que le créateur Brunello Cucinello paradait au dernier Pitti en costume corduroy camel, version croisée, à l’italienne…

La veste de sport couleur mastic. On a tendance à penser au blazer bleu marine avec pantalon beige ou mastic, mais rarement à l’inverse. Et c’est dommage ! Au printemps, on enfile un pantalon en coton navy avec une veste à poches plaquées couleur mastic.

La chemise Oxford button down et la cravate club. C’est le style Ivy League, Ralph Lauren ou encore Brooks Brothers. Le look d’étudiant de la côte Est n’a pas vieilli !

Le carnet de notes et le crayon. A l’ère du (presque) tout numérique, on appréciera de gratter le papier… Ecrire en majuscule, souligner ses mots, raturer. On choisit de noircir les pages d’un Smythson au SpacePen de Fisher -le fameux stylo au design épuré des missions Apollo. Sinon, comme Berstein et Woodward, le bon vieux Field Note à spirales verticales et la mine Staedtler feront l’affaire !

Guillaume Cadot