L’inventeur du Porno Chic surprend la Mostra de Venise en 2009 avec A Single Man, un film dans lequel tout n’est que raffinement, élégance et précision. Tom Ford signe ici peut être sa meilleure collection et un défilé (d’images) haut en couleurs.

L’histoire

En 1962, à Los Angeles, un professeur universitaire vit au jour le jour suite au décès accidentel de son compagnon. Ni ses tentatives de suicide ni l’amour que lui porte sa voisine ne lui feront oublier. Mais à la rencontre d’un jeune et séduisant étudiant, il imagine à nouveau un avenir.

Pourquoi on aime

Dans ce film hollywoodien mélancolique, le raffinement en impose. Si Tom Ford avait voulu signer une collection automne-hiver 1962, il l’aurait sûrement fait ainsi ! La découpe et l’enchaînement des plans, la lumière, les détails des décors, la maison de bois et de verre de l’architecte-star John Lautner et bien sûr les tenues des acteurs, tout n’est que finesse et soin. Jusqu’au choix de la police de caractère du papier en-tête de George Falconer, le personnage principal joué par Colin Firth.

Facile, pourrait-on dire ! Le film se déroule au début des années 60 à l’ère Kennedy et Ivy League. Tom Ford ne se trompe pas en faisant vivre son personnage George Falconer, britannique de surcroît, dans la résidence Schaffer, bâtie en 1949 par John Lautner. Bois de séquoia, grandes baies vitrées, béton et mur de briques sculptent cette villa sobre construite autour des arbres du jardin.

Choisir l’acteur Colin Firth pour incarner le mélancolique personnage de George aura été payant, tant pour le spectateur que pour la Mostra de Venise qui lui décerna le prix d’interprétation. Sa garde-robe monomaniaque composée d’une seule tenue renforce le poids de son deuil : costume herringbone brun strict, chemise blanche col sous patte, cravate fine, Richelieu noir, paire de lunettes à large monture… Un uniforme universitaire comme on n’en voit plus.

Côté mise en scène, on aime l’organisation méthodique, très léchée, des objets et de sa tenue sur son bureau, avant qu’il ne s’essaie au suicide. C’est une véritable nature morte Instagram avant l’heure ! Plus largement, on se laisse emporter par cet hommage à l’élégance hitchcockienne, baignée de la lumière orangée de Los Angeles.

Cette rigueur esthétique est contre-balancée par les tenues florales -qu’on n’appelait pas encore hippie chic – d’une Julianne Moore en voisine de palier qui noie son chagrin dans le gin. C’est aussi le jeune étudiant blondinet, incarnant l’amour et le renouveau possible de la vie de George, avec son jean blanc, son Shaggy sweater crème et ses Clark. C’est encore le mannequin fétiche de Tom Ford, Jon Kortajarena, en t-shirt blanc à la James Dean, partageant avec le héros sa cigarette sur un parking, adossés à l’élégant coupé 220s Mercedes blue ponton, face à l’affiche du film Psycho ! Un clin d’oeil à Vertigo…

On retient quoi ?

L’omniprésence des tons bruns

L’architecture, la décoration et le mobilier, sans oublier le costume porté par Colin Firth nous ferait aimer ces tons marron qui au premier abord sont toujours difficiles à vivre ! Et pourtant, dans la bonne nuance, ils deviennent très élégants. Déjà conquis par le mobilier cinquante, le serez-vous par un costume dark brown ? À tester.

La musique de Serge Gainsbourg

On le sait, elle sied au vague à l’âme. Julianne Moore devant sa glace, trop maquillée, trop alcoolisée, fredonne Baudelaire (le serpent qui danse). On s’évade de la décoration pimpée de cette chambre trop colorée. Ah, l’Indolente…

La réhabilitation d’une belle paire de Richelieu noire

…Après des années de patines en tout genre ! Oui, un vrai noir, profond, lustré pour un soulier classique que vous allez conserver tout une vie. Vous ne le porterez pas tous les jours, seulement pour certaines occasions formelles ou solennelles. Il faut oser, et s’il est bien dessiné, pourquoi pas ?

Guillaume Cadot