Une foire, c’est comme une loterie. On gagne ou on perd, c’est selon. Choses vues et entendues au vernissage de l’exposition d’art urbain parisienne, ouverte jusqu’à dimanche soir.

« C’est trop stylé d’avoir une œuvre originale de street art accrochée chez soi », assure une jeune fille au look gothique à sa copine, en déambulant dans les allées du Carreau du Temple. Pendant 3 jours, collectionneurs, curieux et étudiants boutonneux en arts graphiques vont se presser sur les stands de la Galerie Agnès B, de la jeune galerie Tokyoite, et des 28 autres venues de 8 pays différents exposer un panorama unique du street art, du graffiti et autres dérivés.

Difficile de s’y repérer parmi les 200 artistes présentés. « Jonone, c’est une valeur sûre, une star », explique une galeriste à un wannabe collectionneur encravaté. C’est sûr, il faudrait être aveugle pour ne pas voir représenté à tous les coins de la foire l’artiste américano-français chouchou des ventes aux enchères. Justement, tiens, voilà Arnaud Oliveux, pape des ventes de street art chez Arcturial. Il sera l’une des stars d’un film sur le sujet qui doit sortir prochainement. « Il y a de tout et de rien cette année », lui susurre l’un des visiteurs. « C’est sûr », répond-t-il avec une moue approbatrice.

Sur les cimaises comme dans les allées, il y a effectivement de tout. Des motards chineurs venus acheter à la librairie le catalogue rarissime de l’exposition de Vhils en Chine, ou le coffret d’Os Gemeos offert par Nike pendant la coupe du Monde, une foule de post-adolescents qui brandissent leurs selfies et leurs stories pour Instagram dès qu’un graffeur sort sa bombe pour poser son blase sur un mur en carton-pâte, et une palanquée de galeristes en veste, à l’affût du chaland.

« Comment, vous ne connaissez pas Yoshinori Tanaka, » ce japonais qui compose des estampes comme au XVIIe siècle, en se référant à toutes les composantes de la pop culture nippone, exposé à la galerie franco-japonaise Tokyoiite ? On n’avait pas non plus entendu parler de Jase, street artist basé à La Réunion dont le talent s’expose désormais au pastel gras sur papier canson.

Du cabinet de curiosités chez Artistic Rezo, travaillé à la façon des surréalistes (déjà vu mais toujours poétique), au Mickey en inox, il y a effectivement à boire et à manger, quelques découvertes (Kraken, notre chouchou et ses dessins chez Agnès B), redécouvertes (toiles de L’Atlas et sa maîtrise de la calligraphie, de Tanc, sérigraphies de Shepard Fairey, les éternels Space Invader…).

Justement, s’interroge une jolie blonde, « c’est quoi le rapport ? ». C’est bien simple, il n’y en a pas. Entre ceux qui posent des mosaïques et des collages dans l’espace public, ceux qui taguent à la bombe, réalisent des fresques… tous vandales, mais tous différents. Nombre d’entre eux, qui ont commencé à travailler dans le rue, peignent aujourd’hui des toiles. « Je trouve qu’il y a quelque chose de ridicule à vouloir exposer dans son salon des trucs peints à la bombe comme sur les murs », entend-on à voix basse. « Ca fait un peu nouveau riche, non ? », se moque une autre, directrice artistique, devant d’immenses toiles colorées de Seen et de Tilt. Oui… et non. Difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Venir de la rue n’est pas un gage unique de qualité pour un artiste, ni un sésame pour les galeries d’art.

Certaines, comme celle, réputée de Magda Danysz, fuient même ce type de foire. Vous n’y verrez d’ailleurs pas représentés les grandes stars comme Banksy (hormis quelques sérigraphies), Kongo ou Toxic. « Eux, ce sont de vrais artistes contemporains, ils sont dans de grandes galeries », confie un expert ès arts urbains. Ah bon ? On tombe des nues. Et c’est ça qui est bien finalement, c’est que ce que dit l’un, le suivant le contredit. Et après tout, comme l’affiche une galeriste sur son sweat, « L’art est le popcorn du cerveau ». Alors bon appétit.

Aymeric Mantoux (texte et photos)


Du 13 au 15 Avril au Carreau du Temple,
4, rue Eugène Spuller
75003, Paris
Entrée 15 € / 10 € tarif réduit