Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans l’attirance du monde occidental contemporain pour l’ère – souvent mythifiée – des samouraïs japonais. On ne sait ce qui attire : l’image de seigneurs de guerre impitoyables aux exploits héroïques et cruels ou la beauté formelle de ces armures de métal et de cuir aux décorations raffinées. Un double attrait que met bien en valeur, sans les départager, l’exposition Daimyo au Musée Guimet.

Par Thierry Richard
(Texte et photos)

 

Commençons par deux mots d’histoire et un peu de vocabulaire. Très importants dans l’histoire de la seconde partie de l’époque féodale japonaise (du XVe au XIXe siècle), les Daimyos (le mot signifie “personne de grande taille”), furent parmi les plus puissants seigneurs du Japon, possédant et gouvernant leurs propres fiefs. N’ayant de cesse que d’agrandir leurs territoires, obéissant au code strict du Bushido, ils se livrèrent de nombreuses guerres. Ce sont les témoignages de ces temps guerriers et de l’art militaire de ces princes et seigneurs qui se trouvent aujourd’hui exposés avec magnificence au Musée Guimet.

Issues de collections françaises (privées et publiques), pour la plupart encore jamais exposées, les armures et armes présentées couvrent plusieurs siècles d’histoire japonaise et vont de l’époque Muromachi (1336-1575) à la fin de l’époque d’Edo (1603-1868). Dans un état exceptionnel, elles démontrent la grandeur et la toute puissance des guerriers japonais et le raffinement de leurs tenues de guerre et d’apparat.

Répartie sur deux sites tout proches, la visite débute à l’hôtel d’Heidelbach (19 avenue d’Iéna) pour se poursuivre sur la Rotonde du quatrième étage du Musée Guimet.

C’est au total 33 armures qui nous sont données à voir, dans une scénographie très réussie. A titre d’exemple, les 11 armures rassemblées sur la rotonde, d’une rare beauté, sont présentées assises comme elles l’étaient à l’époque, disposées sur des coffres dans l’ohiroma, grande salle de réception, incarnant la présence du maître en son absence. Ces armures sont accompagnées d’accessoires et d’ornements divers (armes, vêtements…) laissant imaginer à la fois la sophistication du travail artisanal où la symbolique tient une place essentielle et la violence des combats.

C’est sans aucun doute cette fascination pour un imaginaire guerrier japonais fait d’esthétique et de violence, mêlant guerre et beauté qui rend cette exposition incontournable.

TR

 

Daimyo, seigneurs de la guerre au Japon
Jusqu’au 13 mai
Musée Guimet
6 place d’Iéna
75116 Paris
Téléphone : 01 56 52 53 00
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h
Billet d’entrée : 11,50 €
Tarif réduit : 8,50 €