A Bâle ces jours-ci, l’artiste français de 64 ans inaugure une grande première : deux des plus célèbres galeristes, Emmanuel Perrotin et Simon Lee lui dédient un stand commun pour lui offrir un solo show d’exception. Un acte majeur pour un peintre important encore trop méconnu. On a voulu en savoir plus…

Propos recueillis par Aymeric Mantoux

Bernard Frize devant ses oeuvres © Blouin Art Info

Comment s’est montée cette exposition pour Art Basel ?

C’est vraiment le choix de mon galeriste, Emmanuel Perrotin. Au départ, nous voulions présenter un mélange de pièces anciennes et d’autres plus récentes. Ensuite, quand nous avons vraiment commencé à travailler sur l’expo, nous avons changé d’idée. Il n’est pas toujours évident de distinguer différentes périodes.

Dans une foire comme Art Basel, il faut être clair, puissant, sonore. Ce n’est pas vraiment le lieu pour expliquer des choses. Particulièrement avec la mise en scène de cette année, sur deux étages. Au premier étage, j’ai été limité par les formats que je pouvais présenter, parce que le plafond est très bas. Quelques unes de mes anciennes peintures sont vraiment très grandes, alors j’ai imaginé de nouvelles pièces pour cet environnement particulier. Bien que j’aie réalisé quelques-unes des pièces les plus petites ici, comme j’habite à Berlin depuis plusieurs années, je travaille essentiellement dans mon studio là-bas.

Vue du stand des galeries Perrotin et Lee à Art Basel en ce moment © Claire Dorn

“Dans une foire comme Art Basel, il faut être clair, puissant, sonore. Ce n’est pas vraiment le lieu pour expliquer des choses.” – Bernard Frize

Vous vous impliquez toujours autant dans l’organisation de vos expositions ?

Pour moi, la programmation d’une galerie c’est comme construire sa maison, c’est le résultat d’une co-création. Une exposition est toujours pensée par l’artiste et le galeriste. Mais bien sûr, je suis toujours très impliqué. D’abord, j’étudie le plan de l’espace, de la galerie, des volumes qui seront dévolus à mon travail. Ensuite l’équipe réalise des maquettes où nous positionnons les œuvres. C’est toujours mieux que de travailler sur un ordinateur, à cause des distorsions de perspective. Je pense toujours à une exposition longtemps à l’avance. Souvent d’ailleurs lorsqu’on est sur place au moment de l’accrochage, on change ceci ou cela. C’est fondamental pour moi de tenir compte de l’environnement. Mais surtout de raconter une histoire. Nous devons emmener le visiteur d’une peinture à une autre.

Pourquoi accorder une telle importance à cela ?

Je ressens un grand besoin de cohérence, bien que cela ne soit pas toujours visible. Voilà pourquoi je trouve toujours délicat de parler d’une exposition avant qu’elle ait lieu. C’est sur place, qu’on se rend compte de la manière dont les choses s’articulent. Vous n’imaginez pas à quel point il est difficile de passer de l’intérieur à l’extérieur ! Dans le studio, je suis chez moi. Je peins, je travaille et il n’y a pas nécessairement une logique. S’il y en a une, elle n’est pas toujours intentionnelle. Alors que quand je montre mon travail, je le mets à disposition pour que des gens l’observent. A ce moment, les peintures ont un sens, qui n’est pas toujours celui que j’avais imaginé. A partir de là, la confrontation des points de vue est plus intéressante. Je peux confronter mon propre regard à celui du public et commencer à comprendre mieux ce que j’ai voulu exprimer.

Vue du stand des galeries Perrotin et Lee à Art Basel en ce moment © Claire Dorn

Vous n’avez jamais appartenu à aucun mouvement, vous avez toujours conservé votre indépendance. Est-ce une clef pour comprendre votre travail ?

Quand j’ai commencé à montrer mon travail dans les années 70, le minimalisme était partout. La peinture était “interdite”. Ca n’a jamais été mon truc, et j’ai toujours peint à ma façon. Personne ne m’attendait, donc je me sentais libre d’aller où j’en avais envie. Je me souviens que parfois, lors d’expositions dans des galeries précédentes, personne n’était là pour le vernissage. Je suis loin d’être un martyr, mais pendant un long moment, ç’a été très compliqué pour moi !

L’an prochain vous allez exposer au Centre Pompidou, à Paris…

Oui. En réalité, je n’ai pas encore commencé à travailler dessus. J’ai été très occupé, tout comme la curatrice, Angela Lampe. Ce qui m’intéresse avec ce projet, c’est sa vision, qui n’est pas traditionnelle. Je suis intrigué par la manière dont elle voit mon travail. A suivre !

Bernard Frizeà Art Basel

Du 14 au 17 juin, 11h-19h
Messe Basel
Messeplatz 10,
4005 Basel