A La Haye, DongFeng skippé par le Français Charles Caudrelier vient de remporter la Volvo Ocean Race, la course autour du monde à la voile high tech, après un suspense porté à son paroxysme. Aux Sables d’Olonne, les marins de la Golden Globe Race attendent le coup d’envoi au 1er juillet pour eux aussi faire un tour du monde, en course, mais en solitaire et comme il y a cinquante ans… Deux courses, deux esprits. 

Par Patricia-M. Colmant

© Ainhoa Sanchez pour Volvo Race

Aucun marin n’échappe à la fascination du tour du monde. Et en course c’est encore mieux, vous diront les 70 coureurs de la Volvo Ocean Race qui viennent de poser leur sac à terre à La Haye. Après 11 étapes en 8 mois de mer et 40 000 miles à un train d’enfer, le franco-chinois DongFeng, skippé par Charles Caudrelier a soufflé la victoire à ses rivaux en les devançant de 16’53’’. Aux Sables d’Olonne, 18 autres compétiteurs s’apprêtent à quitter la Vendée pour un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance à la manière de la première course autour du monde solo, il y a cinquante ans.

Volvo Ocean Race, bête de technologie

On comparera les premiers à des pilotes de Formule 1, mais en équipage, et les seconds à des conducteurs de rallye rétro, mais en solitaire. Sur la VOR, les concurrents naviguent sur des bêtes de course puissantes, tout carbone, de 65 pieds (20 mètres), nécessitant une attention de chaque instant de la part de marins sur-entraînés.

Chacun des équipiers a une spécialité : réglage de grand-voile ou science exacte de l’usage des voiles d’avant, toucher de barre exceptionnel pour maintenir le cap au dixième de degré près, assurer la navigation avec l’aide d’un routeur à terre -c’est-à-dire un expert météo et régatier qui analyse les moindres dorsales de vent océaniques, presque minute après minute…

Tous sont excellents dans leur domaine. Tous sont puristes et perfectionnistes de leur sport. L’attrait de l’aventure existe, sans pour autant que ce soit leur motivation principale. Seule la compétition de très haut niveau les galvanise. Nombre d’entre eux sont médaillés olympiques et pour certains, comme les Néo-zélandais Peter Burling et son comparse Blair Tuke, vainqueurs de la coupe de l’America. La crème de la crème !

Golden Globe Race : comme en 68

Au départ de la Golden Globe, l’esprit de compétition est aussi là. Tous les skippeurs partent avec l’envie de gagner cette course non-stop de 30 000 miles par les trois caps (Le Cap, Cap Leuwin, Cap Horn). Temps estimé : 250 à 260 jours. Bien sûr, il ne faut pas oublier les cinquante ans d’évolution technologique qui séparent les coureurs du GGR à ceux de la VOR…

Les bateaux doivent ainsi dater d’avant 1988 et être des voiliers de croisière. L’organisation est seule juge de la conformité des engagés et de leur équipement : pas d’électronique pointue, pas de GPS ni d’ordinateur, mais des cartes marines, un sextant (peu de coureurs de la VOR savent les utiliser…), un chronomètre, un baromètre, pas de routeur à terre, pas de caméra électronique ni de smartphone, mais une caméra Super 8 ou 35 mm. En un mot : la technologie existante en 1968…

Pour matérialiser la ligne de départ, les organisateurs ont prévu, histoire de mettre les skippeurs dans l’ambiance des précurseurs du grand large, de mouiller deux voiliers mythiques des débuts de la course hauturière, présents au départ de la Sunday Times Golden Globe Race de 1968 : Joshua, le bateau de Bernard Moitessier et Suhaili, celui de sir Robin Knox-Johnston.

Le Français, qui n’est plus, avait fait sensation à l’époque en refusant, après avoir franchi le Cap Horn, de rentrer en Europe. Il est vrai qu’il avait 19 jours de retard sur son rival anglais… Il décida de faire une seconde boucle en partant vers l’Est, et alla s’installer en Polynésie “pour sauver son âme” de l’esprit mercantile qui régnait en Europe (!). Il abandonna ainsi son épouse française pendant 17 ans, et de son remariage (ou plutôt sa bigamie) naquit un fils. Mai 68 était passé par là…

Joshua et Suhaili ne s’étaient pas recroisés depuis cinquante ans. Les vieux loups de mer étaient bien émus de voir ces deux tourdumondistes en bois bord à bord sur le ponton aux Sables d’Olonne…

P.M.C