On se souvient tous d’Emile Gravier dans la Cité de la Peur : “on peut tromper une personne mille fois. On peut tromper mille personne une fois. Mais on ne peut pas tromper mille personnes, mille fois.” Certains ont pourtant parfaitement réussi à le faire, souvent avec style… Notre sélection d’escrocs et autres menteurs invétérés de carrière !

Par Guillaume Cadot

Le Playboy

Cyril Astruc posant pour Vanity Fair

L’arnaque : Considéré comme l’escroquerie du siècle, la fraude à la taxe carbone a vu s’envoler 283 millions d’euros de TVA et priver le fisc français de 1,5 milliards d’euros de recettes entre 2008 et 2009. Une montage financier composé de multiples sociétés permettant l’achat de quotas de CO2 hors-taxe pour les revendre en France à un prix incluant la TVA… sans jamais la reverser à l’Etat.

“Moi, j’achète chaque jour la tenue que je vais porter le lendemain, c’est comme ça que je reste frais” – Marco Mouly

L’escroc : des trois lascars hauts en couleurs, on retient Cyril Astruc (le cerveau), et son goût prononcé pour tout ce qui brille. Un playboy réfugié un temps en Israël qui ne sort jamais sans sa Richard Mille au poignet, bagues argentées et sac en croco Zilli. Un personnage de roman qui entame une tirade du Magnifique de Philippe de Broca devant les juges. Son exubérant acolyte Marco Mouly aura d’ailleurs inspiré Gad Elmaleh pour son film Coco… Tandis que ce dernier dort à La Santé, Cyril, quant à lui est toujours en cavale, sûrement avec son sac.

 

Le talentueux Monsieur Madoff

Bernard Madoff

L’arnaque : Basé sur le système de Ponzi qui porte le nom de son inventeur, escroc des années 20 à Boston, le financement suivant le système pyramidal de l’élève Madoff à dépassé celui du maître. La société d’investissement à Wall Street s’écroule avec la crise de 2008 cumulant une dette de 65 milliards de dollars -soit le PIB de l’Uruguay- et des milliers d’investisseurs lésés.

L’escroc : Bernard Madoff pourrait figurer dans n’importe quel bottin mondain avec sa bonhomie de gentilhomme de Madison Avenue et sa coupe de “cheveux de riche”. D’ailleurs il l’a été avec son cottage à Montauk, son penthouse en duplex à Manhattan à 10 millions de dollars, sa villa à Palm Beach et sa  cinquantaine de costumes bespoke… Aujourd’hui, il écope sa peine de 150 ans en donnant des cours de finances à ses co-détenus et en organisant le trafic de chocolat en poudre (véridique) !

 

Le mytho d’Hollywood

Christophe Rocancourt en 2009 © Corbis

L’arnaque : elle repose sur la mythomanie d’un seul homme. Une histoire de revanche sociale pour certains, de séduction et de mensonges pour d’autres. Christophe Rocancourt  s’est inventé 100 visages, autant d’identités pour plumer, vider, extorquer, voler, avec une prédilection pour le show business et celui d’Hollywood en particulier.

“On ne peut pas escroquer quelqu’un de profondément honnête” – Christophe Rocancourt

L’escroc : avec son accent américain du Français exilé, son visage de héros romantique volant les riches qui ont toujours quelque chose de suspect, il passerait pour monsieur tout le monde. Le genre d’individu un peu bizarre et beau parleur qu’on rencontre en boîte de nuit, blazer noir et t-shirt assorti. Escroc des stars ou star des escrocs ? On ne sait pas trop. En tout cas, sa dernière affaire “malgré lui” le mêle au vol des 52 kg de cocaïne du 36 quai des Orfèvres en 2017.

 

Catch me if you can

De gauche à droite, Steven Spielberg, Leonardo di Caprio, Tom Hanks et Frank Abagnale Jr. © Amblin Entertainment

L’arnaque : l’histoire incroyable d’un faux pilote de ligne, faux pédiatre, faux avocat mais vrai falsificateur de chèques… Ce qui lui fit faire carrière au FBI. On découvrait la vie de Frank Abagnale Jr.  à l’écran en 2002 sous les trait de Leonardo di Caprio dans le film de Spielberg Catch me if you can.

L’escroc : un coureur de jupons qui démarre sa première arnaque à 15 ans et endosse aujourd’hui le combo costume sombre-chemise blanche-cravate-flamboyante du parfait WASP qui a réussi, avec femme et enfants. Toujours consultant pour le FBI, son histoire l’a fait devenir millionnaire… légalement.

 

L’homme des Présidents

Gilbert Chikli et sa femme Shirly Chikli, en 2016 chez eux à Ashdod en Israel © AP Photo / Oded Balilty

L’arnaque : appelé l’escroquerie des “faux présidents”, elle consiste à se faire passer au téléphone pour le Président d’une grande entreprise et demander à ses employés une remise d’argent. Entre 2005 et 2006, cette fraude rapporta à son inventeur, Gilbert Chikli, la somme de 7,9 millions d’euros. Son histoire inspire aussi le cinéma, dans Je compte sur vous avec Vincent Elbaz.

L’escroc : don pour la manipulation, voix de velours, bagout impressionnant, équipe de 15 personnes, Gilbert Chikli menait les choses sérieusement pour attaquer Accenture ou les Galeries Lafayette. Un genre d’oncle de la Côte d’Azur avec chemise blanche, teint hâlé, lunettes à verres fumés et six enfants. En prison depuis 2007, il chercherait à collaborer avec la justice. Par téléphone ?

 

L’art de sa vie

Fernand Legros en 1977

L’arnaque : obtenir de faux certificats d’authenticité pour écouler de fausses oeuvres d’art (peintes par le faussaire Emyr de de Hory), tel était le métier de Fernand Legros, marchand flamboyant, reconnu par ses pairs comme l’un des maîtres de l’escroquerie dans le marché de l’art.

L’escroc : avec son physique de cinéma (il a d’ailleurs joué de petits rôles), Fernand Legros est un sympathique mythomane qui maniait l’imparfait du subjonctif. On lui prête une carrière de danseur dans les ballets du marquis de Cuevas, et une autre d’agent “Colibri” pour la CIA… Son physique de dandy ébouriffé -chapeau à bords larges, lunettes à l’américaine, breloques au cou et manteau de fourrure- et son don pour vendre de faux tableaux sont les faits bien réel du personnage !

Il épuisera une dizaine de juges successifs en douze ans d’instruction et ne daignera pas comparaître à son procès, avant de mourir seul en 1983 d’un cancer, dans la maison de sa soeur.

G.C.

Se plonger dans l’escroquerie
On relit : Les génies de l’arnaque – Pierre Bellemare
On regarde : Les supercheries sur YouTube et The Sting (l’Arnaque) avec Paul Newman et Robert Redford
On écoute : le générique de Catch me if you can