Jusqu’au 1er juillet, le musée du Luxembourg revient sur les débuts du peintre vénitien du XVIème siècle, où l’on observe d’un autre oeil ses œuvres de jeunesse et son irrésistible ascension. Une plongée dans la Sérénissime qui donne surtout envie de prendre presto un vaporetto vers les églises de la lagune encore ornées de ses fresques.

Par Louise Bollecker

Esther devant Assuerus

Le panier de crabes du marché de l’art

Né en 1518 ou 1519 d’un père teinturier (Tintoretto, son surnom, signifie « le petit teinturier »), Jacopo Robusti dispose de son propre atelier avant d’avoir vingt ans. Surdoué, le jeune homme n’aura de cesse de s’imposer face aux nombreux concurrents qu’abrite Venise. Pour cela, point de cour royale – Venise étant une République gouvernée par des Doges – mais de riches mécènes qu’il faut séduire à tout prix.

Justement, les prix, Tintoret, en homme d’affaires avisé, ose les casser, au risque de s’attirer les foudres du reste de la profession. Sa rivalité avec le peintre de Bergame Giovanni Galizzi, dont certaines toiles attribuées au Tintoret seraient de sa main, est largement abordée au cours de l’exposition. Venise, ton univers impitoyable…

Le christ et la femme adultère

De Raphaël au Titien

Difficile, pour retracer la jeunesse du peintre, de ne pas mentionner ses inspirations. Le premier peintre de Venise, Titien, fait figure de modèle. Grand portraitiste, Titien est également l’auteur de compositions dramatiques dans lesquelles la couleur tient un rôle primordial. Mais comme tout jeune ambitieux qui se respecte, Tintoret, formé auprès de Bonifacio de’ Pitati, voit au-delà de la lagune et manifeste la volonté de se confronter aux autres grands maîtres de la génération du Titien : Raphaël, Jules Romain (Guilio Romano) ou encore Michel-Ange.

Tintoret se veut polyvalent : grandes fresques religieuses, petites peintures mythologiques ou même décorations de mobilier et de lambris, les supports sont aussi variés que ses inspirations. En multipliant les influences et les sujets, Tintoret prépare sa propre vision, son propre style, qui ne tardera pas à s’affirmer.

Le Christ parmi les docteurs

Vers le génie

L’exposition nous laisse au crépuscule de la jeunesse du Tintoret, aux portes de l’âge adulte, à l’aube de ses plus belles réalisations. C’est une invitation pour continuer à s’imprégner de l’œuvre du Vénitien. Et c’est bel et bien dans les églises de la Sérénissime qu’il faut se rendre pour en mesure la grâce. En effet, exposées à hauteur d’œil à la forte lumière du musée du Luxembourg, les œuvres perdent un peu de leur mystère et les effets de perspective semblent un brin tordus.

Dans les ruelles de Venise, poussez au hasard les portes des églises. Vous y dénicherez presque à coup sûr les trésors du Tintoret. Ou rendez-vous directement à la Madonna dell’Orto, à la basilique San Giorgio Maggiore, dans l’église San Rocco, au cœur de la Chiesa dei Gesuiti… parmi tant d’autres. Alors, en route ?

L.B.


Au musée du Luxembourg, jusqu’au 1er juillet 2018
19, rue de Vaugirard,
76006 Paris
Du Lundi au jeudi, 10h30 à 18h
Vendredi, samedi, dimanche et jours fériés, 10h30 à 19h