Jean Gabin est un monument. Du cinéma, de la gouaille parisienne, de la bonne chère. C’est aussi monument du style, à l’élégance tout en savoir-faire et en savoir-être…  Rien de neuf sous le soleil, certes mais on vous offre tout de même une petite revue en style, à travers deux classiques du monument Gabin, Le Gentleman d’Epsom, de Gilles Grangier en 1962, et Le Baron de l’écluse, de Jean Delannoy en 1960.

Par Thibaut Arminjon

Jean Gabin et Madeleine Robinson dans Le Gentleman d’Epsom, 1962

Qu’il interprète Le Commandant, escroc des champs de courses, ou le Baron Antoine, aristocrate déchu, Jean Gabin, c’est une étude de style du parfait gentleman à lui seul. Elégant à la ville comme à la campagne, il fait la part belle aux costumes croisés : rayure craie, smoking, et autre blazer. Le tout réalisé en grande partie par la Maison Opelka…

Ce style, il est étudié, pensé. Jean Gabin campe deux personnages flamboyants, façonnés par les valeurs militaires et aristocratiques. Dépensier et faisant preuve de largesse dans des plaisirs épicuriens (costumes, champagne, restaurants, casino et courses hippiques…), il incarne deux personnalités attachantes, pétries de principes -parfois contraires. Des hommes “droits”, même dans leur roublardise, jouant avec la vie.

« Gai voltigeur, joyeux funambule mais toujours avec un fil de rechange » – Le Baron de l’écluse, 1960 

En sous texte, le vêtement sert donc les personnages autant que l’histoire. L’élégance fait figure d’armure. Un passeport pour évoluer dans un monde dont ils ne font pas ou plus partie. C’est bien de cela dont il s’agit durant ces deux aventures : paraître mais sans ostentation, pour vivre ou survivre. Le vêtement devient le symbole de ce que l’on est, et plus de ce que l’on possède. Malgré l’apparente et récréative simplicité des scénarios, les deux films nous ramènent facilement à notre époque où le paraître prend le pas sur l’être

Le Baron de l’écluse

Bien entendu, ces films comme le style de l’acteur ne seraient rien sans le génie et la force tranquille de Gabin. On le sait, il apportait un grand soin dans le choix de ses costumes pour ses rôles. Dans ses Mémoires, Philippe Noiret disait d’ailleurs de lui “J. Gabin (…) était d’une élégance parfaite. Qu’il fût gangster, ouvrier ou grand bourgeois, il était toujours vêtu avec un grand raffinement ».

Le gentleman d’Epsom

C’est le tour de force de Gabin. Lui qui s’était d’abord façonné un personnage de titi parisien à la gouaille légendaire, incarnera toute la seconde partie de sa carrière l’essence-même du gentleman français.  Une véritable invitation au panache, à l’élégance simple et à l’incarnation, juste pour le plaisir… 

T.A.