En 1958, Bonjour Tristesse, le premier roman de Françoise Sagan, prenait vie sur la pellicule grâce à Otto Preminger. Certes, il vaut toujours mieux lire une histoire que la regarder, mais le film dépeint l’existence nonchalante et élégante sous le soleil qui nous est chère… Le style Riviera, toujours un classique à revoir !

Par Guillaume Cadot

L’histoire

Quatre ans après la sortie du roman de Françoise Sagan, Otto Preminger adapte fidèlement Bonjour Tristesse au cinéma : l’histoire de la vie insouciante et mondaine de Cécile (Jean Seberg) et de son séducteur de père (David Niven) marqué par un drame dont la jeune fille porte la culpabilité durant leurs dernières vacances sur la Côte d’Azur.

Pourquoi on aime

Au-delà du drame construit sur l’éternelle et ambigüe relation père-fille, c’est surtout pour le cadre, l’élégance des personnages et l’ambiance surannée que ce film se savoure.

On suit le chemin de l’insouciante jet-set emmenée par l’élégant David Niven depuis sa résidence de l’avenue Foch. D’abord, Chez Maxim’s en Facel Vega, où Juliette Gréco chante le titre du film. Puis, ce sera la Riviera dans une belle villa les pieds dans l’eau, le bal dans le quartier de la Ponche à Saint-Tropez et une soirée arrosée au bar du Casino de Cannes.

Les séquences en noir et blanc soulignent le présent mélancolique de Cécile, tandis que celles en couleurs traitent du passé heureux et lumineux de son séjour estival avec Raymond, son père, et ses conquêtes.

Ce sont Elsa, la lolita blonde de la Côte jouée par Mylène Demongeot, et Anne, la parisienne esthète que campe Déborah Kerr. Anne, en Givenchy et en Chrysler New Yorker convertible, incarne la créatrice couture des années 60, beauté froide et intellectuelle qui s’oppose à Elsa, ses robes à la Bardot, dont seul le bronzage de peau importe…

Quant à Jean Seberg, son rôle de Cécile crève l’écran. Son personnage de petite fille capricieuse, charmeuse et amoureuse de son père colle parfaitement à son visage juvénile que l’on retrouve plus tard dans A Bout de Souffle.

Les chemises jouent un rôle essentiel dans ce film : tant dans la relation entre Cécile et Raymond (la fille volant les chemises de son père) que dans le jeu de couleurs sous le soleil de la Méditerranée : une chemise bleu indigo en Oxford (avec un “R” comme Raymond brodé sur la poche tellement plus chic que des initiales) que le personnage porte de manière complètement désinvolte, col relevé, largement ouverte sur le torse, nouée à la taille et manches roulottées ; une version bleu nuit pour les dîners et terrasse ; en lin délavé couleur olive ou rouge usée, tirant sur le rose, pour descendre à la plage ; à larges rayures blanches et grises pour une chemise type vareuse, qu’il porte avec de vieux shorts taille haute…

Mais David Niven, élégant à la ville comme sur écran, n’oublie pas une ou deux vestes, même pour les vacances. Il arbore ainsi une élégante veste de sport droite en lin rigueux beurre frais pour le soir et une croisée col châle de smoking couleur crème pour aller jouer au casino.

On retient quoi ?

Recycler ses vieilles chemises en été. Oui, les trop portées, même déchirées ou avec le col usé. Retrouvez vos chemises en denim ou en chambray, qui ont pris la patine du temps comme vos bons vieux jean ! Portez les pour aller faire le marché ou à la plage. Et poussez votre femme à vous les emprunter… Si ce n’est pas déjà fait.

Laisser tomber la sempiternelle veste bleue ou le blazer pendant nos sorties estivales. Préférez la veste claire tirant sur le crème, la craie ou l’ivoire. Attention, pas en laine froide mais un lin rustique ou un mohair. Léger et frais, elle vous sauvera pour un dîner informel (chaussé de vos Superga) ou fera office de veste de smoking avec une belle chemise blanche et noeud papillon noir.

L’éternelle douce vie. Près de l’eau, une vieille villa, une existence simple et indolente. On écouterait quoi à la place de Juliette Gréco ? La Canopée de Polo & Pan, L’Impératrice et son Vanille Fraise, L’Amour avec Toi de Vendredi sur Mer ou encore Paradis, Toi et Moi… Les belles images traversent le temps et se conjuguent au présent.

G.C.