N’en déplaise à quelques pisse-froid, l’ouverture de ce nouveau passage parisien consacré à la gastronomie a marqué la rentrée. Un pari déjà réussi donc, notamment pour Yannick Alléno qui déploie sur (presque) trois étages un concept inédit.

Par Aymeric Mantoux (texte et photographies)

On a beaucoup glosé depuis des mois sur la création dans le VIIe arrondissement de Paris d’une enclave gastro-stylée par le groupe immobilier Emerige. Et à raison, car le projet faisait écho à la Jeune Rue, qui au sommet de la vague bobo-bio-branchée en 2014, promettait aux parisiens des lendemains qui cuisinaient en rond, beau, sain et pas (trop) cher, avec force chefs, artistes, curators et tutti quanti. Las, il était mort dans l’œuf (élevé en plein air et en pleine terre). Exit l’aspect bohème, la food s’est embourgeoisée : Thierry Marx, Anne-Sophie Pic, le boucher Polmard… et, last but not least, Yannick Alléno.

Le chef deux fois trois étoiles (à Paris et à Courchevel) signe une « table de potes pour les potes », et une cave à vins exceptionnelle, L’Allénothèque au sein d’un mini-complexe surmonté au premier étage d’une galerie d’art dirigée avec brio par Laurence Bonnel-Alléno.

Autant le dire tout de suite, plutôt que le concept global de Beaupassage, qui consiste à offrir pendant 3 ans des loyers attractifs à des entrepreneurs foodingues, dans un micro-quartier prestigieux (les voisins sont tous acteurs, patrons du CAC 40, ministres ou banquiers d’affaires), le tout emballé de quelques œuvres d’artistes aux noms qui claquent (Fabrice Hyber, Eva Jospin…), nous, ce qui nous a vraiment plu c’est ce triplex signé Alléno.

 

Quelques tables en terrasse, une déco sobre sur une cuisine ouverte, un service jeune et rapide, des plats bien amenés à base de produits de saison (huitres en gelée, canette de chalans, déclinaison autour de la figue), rien à redire : tout est joliment exécuté. Ce n’est pas le grand frisson, mais c’est bien davantage que n’en offrent la plupart des tables du quartier.

Surtout avec la cave qui va bien en sous-sol, où l’on peut attraper une quille pour la déboucher à l’étage, en ne payant qu’un droit de bouchon de 25 €. Soit par exemple 55 € pour ce Maranges 1er cru magnifique. A quelques encablures, un champagne de l’Allénothèque, est proposé… à 100 euros de plus ! Toutes les plus belles références, Château Canon, Rauzan-Ségla, de grands contenants, des millésimes anciens y sont donc offerts à des tarifs rarissimes en restauration. De quoi s’offrir quelques nuits d’ivresse à bon compte.
Au 1er étage, pour compléter ce dispositif unique en son genre, qui n’existe vraiment qu’à New York ou à Tokyo, la galerie Scène Ouverte en mezzanine, n’a jamais aussi bien mérité son nom. Venue du marché Paul Bert, aux puces de Saint-Ouen, le sculpteur et galeriste Laurence Bonnel a un goût sûr. Céramiques, mobilier d’art, objets, luminaires, elle a assemblé la quintessence du savoir-faire français dans un espace scénarisé comme un appartement parisien contemporain. On s’y installerait.

A.M.