« J’ai épousé l’héroïne de mes nouvelles » affirmait Francis Scott Fitzgerald à propos de son épouse Zelda. Si le succès se faisait attendre pour l’écrivain, en 1920, la publication de son roman L’Envers du Paradis commencé deux ans plus tôt lui apporte richesse, reconnaissance publique et la main de la femme qui allait l’entraîner dans un tourbillon de fêtes, de cocktails et de folie.

Par Guillaume Cadot

Zelda, Scott Fitzgerald et leur fille Scottie, en promenade à Juan-Les-Pins

L’histoire

Celle du couple Fitzgerald, mythique et flamboyant, reflet d’une époque sur fond de jazz et d’alcool fort, lançant la Riviera et les bains de mer depuis la villa Saint Louis à Juan-les-Pins, devenu depuis l’iconique hôtel Belles Rives.

Quittant l’Amérique et sa Prohibition, le couple s’envole pour la France avec son dollar roi et l’envie irrésistible de vivre. Ce sera Paris, Le Ritz et Montparnasse, les caveaux et le jazz. Jusqu’à la Côte d’Azur.

Accompagnés de leurs dix-sept valises et de l’Encyclopaedia Britannica, les époux lancent la mode de la Riviera et tombent amoureux de la villa Saint Louis à Juan-les-Pins. Si à l’époque, il fallait vivre dans les hauteurs pour être chic, fuyant le bord de mer, les Fitz eux, inversent la tendance. Picasso, Rudolph Valentino et les prestigieux voisins descendent de leurs perchoirs, adoptent l’adage “plage, collation, sieste, plage, dîner, soirée” … et boivent jusqu’à plus soif.

La villa devient le rendez-vous de toutes les fêtes, sert de décor au futur roman en partie autobiographique Tendre est la nuit, et de lieu d’écriture au fameux Gatsby le Magnifique.

« Ils sont beaux à en désespérer » – John Dos Passos

Avec le couple terrible, la mode des bains de mer et du teint bronzé est lancée. Les Fitz font la une des journaux, roulent à tombeau ouvert, se noient dans les Années Folles, de plaisir, d’excès, de fêtes et d’alcool.

Zelda et son grain de folie dansent sur les tables de jeu, gâchent la soirée locale donnée en l’honneur d’Ernest Hemingway -armés de crème glacée, le couple vise les décolletés princiers- fument au volant et sortent de la route dans tous les sens du terme. Le couple, insupportable, est magnifiques dans sa folie. Quant à la poudre blanche, elle ne coûte que vingt centimes le sachet.

Un soir, Zelda enferme l’orchestre de jazz et ses invités dans une des chambres de la villa qui jouent jusqu’à épuisement, tandis qu’elle reste seule sur la terrasse. La schizophrénie la gagne, tout comme les idées noires.

La Villa Saint Louis

Le monde basculait et allait bientôt se casser les dents sur le krash boursier de 1929. Hollywood rappelait l’écrivain dès 1925. A peu près au même moment, Zelda commençait à parler au mobilier et faisait le tour des cliniques pour soigner ses hallucinations et cette folie devenue hors de contrôle, même pour Fitz. Mais la Villa Saint Louis, elle, allait leur survivre…

Le style

Le couple est l’incarnation des Roaring Twenties, ces Années Folles au sortir de la Première Guerre Mondiale. Tandis que l’Amérique tombe sous la loi de Prohibition, les héritiers flamboyants ont des envies d’ailleurs. Ils débarquent à Paris apportant leurs cocktails, le jazz et le dollar tout puissant. Les Fitzgerald deviennent les princes de Montparnasse.

Suivant Cole Porter, pour qui rien n’égale la Côte d’Azur dès le mois de mars, la bande d’Américains snobs suit le mouvement et atterrit au Cap d’Antibes, à Hyères, à Golfe Juan… La Riviera renaît.

La peau nue et brunie par le soleil devient un must, les jeux dans l’eau une nécessité. L’annexe de l’hôtel de L’Eden Roc permet de plonger depuis les grands rochers rouges du Cap D’Antibes. En août 1932, Emil Petersen, champion de ski norvégien, s’élance sur l’eau sur des spatules en tôle de vingt centimètres de large. Le ski nautique est né !

Juan-les-Pins devient un des lieux incontournables de la Côte grâce au couple Fitzgerald et à sa villa Saint Louis. Adossée à la pinède en bord de mer, la maison de leur bonheur incarne une vie de nuit, de champagne, d’extravagance. Quelques années folles évaporées dans une douce décadence…

En 1929, Boma Estène et son épouse, d’origine russe, issus d’une dynastie d’hôteliers, découvrent la lumière de la Riviera, en tombent amoureux et succèdent aux Fitzgerald : l’Hôtel Belles Rives est né et devient le premier hôtel “les pieds dans l’eau” de la Côte d’Azur. De nos jours, leur petite-fille en est toujours propriétaire.

L’instant Grand Duc

Revenir hors-saison à Juan-les-Pins

Une soudaine envie de porter votre costume en lin beurre frais ? Dès les beaux jours, filez le temps d’un week-end à l’Hôtel Belle Rives. Le décor et le mobilier Art Déco sont ceux des origines…

L’hôtel Belles Rives à Juan-Les-Pins

Profitez-en pour visiter Golfe-Juan, dont le petit village portuaire a vu accoster Bonaparte, forçant son retour de l’île d’Elbe. Ici, Picasso peignait Guerre et Paix et Jean Marais s’essayait à la poterie. Pour repartir, admirez la route Napoléon, l’une des plus belles de France…

Relire Tendre est la Nuit

On s’y replonge avec bonheur pour éloigner un peu plus encore la rentrée.

Un Réveillon chez Maxim’s en 1925 © Roger Viollet

Le décryptage tout en finesse d’une époque insouciante d’une génération argentée, désenchantée, sur fond de Côte d’Azur bien sûr. C’est aussi un regard sur le couple Fitzgerald et leurs fêlures. Ensuite, on lira différemment The Great Gatsby.

Arrêter le Spritz pour retrouver les cocktails des Années Folles.

Gin Rickey, Mint Julep, Manhattan ou French 75. Ils sentent la Prohibition, les gangsters en costume croisé et le jazz. Ils ont bercé les nuits des années vingt. A (re)découvrir vite, donc !

© Huffington Post

Mention spéciale pour le Boulevardier, rappelant le Negroni, qu’on préfèrera dans une version cocardière : 1/3 de bourbon, 1/3 de Lillet, 1/3 de Suze, le tout sur glace avec un zeste d’orange, dans un verre old fashioned…

G.C. | Image à la une © Where is the Frenchie

Pour prolonger l’instant…
On écoute Viens à Juan-les-Pins de Bob Azam.
On déguste Vintage Cocktails de Brian Van Flandern aux éditions Assouline.
On parcourt les cartes Michelin Départementales n°340, 334 et 333