Un nouveau couteau ! Rien de très surprenant, nous direz-vous. Toujours plus techniques, dernier-cri ou au contraire traditionnels… Le domaine de la coutellerie n’est pas, de prime abord, le plus singulier. Et pourtant, le couteau artisanal, aux lignes radicales de Sullyvan Groussé nous a séduits… Rencontre.

Par Johann George

Dans le cinéma, on fabrique régulièrement un objet de bout en bout pour les simples besoins d’une scène ou d’une séquence. Astuces, détournement, techniques d’assemblage : tout est bon pour servir le film.

C’est justement sur un film que j’ai rencontré Sullyvan, inventeur d’un couteau … très personnel. L’objet m’a intrigué, posé sur l’établi de l’atelier : ce pouvait être n’importe quel outil spécifique. Et Sullyvan, souriant, me lance « C’est un couteau, ouvre-le ! ».

Couteau de vigneron, à huîtres, de combat, de chasse, à fromage ou de marin, pliant, à cran d’arrêt, démanilleur ou encore multifonctions, il y en a pour toutes les activités et tous les goûts. Opinel et Laguiole sont même entrés dans le langage courant. C’est pourtant en ouvrant le couteau de Sullyvan que j’en ai compris la singularité.

« J’aime les objets. Le couteau est essentiel dans mon quotidien ; on m’a offert un petit couteau d’art populaire doté d’un système d’ouverture qui m’était inconnu. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une invention unique. Mais en faisant quelques recherches je me suis rendu compte que le système équipait déjà quelques rares pièces. Alors, naturellement, je me suis dit qu’il fallait en faire un modèle, produit en série. J’en ai réalisé un prototype à l’atelier. Je l’ai présenté à des amis et l’évidence s’est imposée… Il faut le produire ! »

Sullyvan a donc dessiné les plans techniques du couteau, s’est rapproché d’un fabriquant de lames à côté de Thiers (pays de la coutellerie, on vous en parlait ici). Mais le retour de l’artisan est surprenant : techniquement quasi-irréalisable ! Philippe Sozedde, directeur de la société Actilam, a quant à lui relevé le défi.

Le manche du couteau, en deux pièces, est assemblé à partir de quatre pièces réunies deux par deux par des piliers rivetés. L’idée est empruntée à la technique horlogère ! C’est ce besoin fonctionnel qui impose le design du couteau, corollaire à toute l’ergonomie de l’objet.

La ligne de la lame n’est donc pas purement esthétique. Pas de lame pointue, d’ailleurs, seul un angle, formé par le bout tranchant qui lui confère une pointe incisive. « L’esthétique minimaliste de l’objet se suffisait à elle-même : j’ai donc décidé de ne pas faire d’inscription sur le couteau. C’est pourquoi tous les marquages sont frappés sur une des platines, à l’intérieur du manche » explique Sullyvan.

Sullyvan s’inspire des grands maîtres comme Jacques Le Chevalier ou Robert Mallet Stevens, les principes de l’Art Déco. De fabrication française, tout en inox, chaque couteau est monté puis numéroté à la main, avant d’être mis en vente fin octobre « dans certaines boutiques, en petite série ».

Construction fiable, équilibre esthétique, sobriété épurée des lignes : l’objet invite au beau geste ! Et en cette saison de gibier, quoi de mieux pour accompagner l’homme moderne…

J.G