Il y avait la fashion week, voici venue la FIAC week : à l’occasion de la Foire d’Art Contemporain sise au Grand Palais, 45e édition en règle (mais au fond, on ne compte plus), Paris est en fête. VIP, soirées branchées, accrochages en pagaille… pour ne pas décrocher, suivez le guide.

Par la rédaction

Takis – 2000, LAFFANOUR – Galerie Downtown, Paris
© Marc Domage

«La Fiac a distribué 13 000 cartes VIP, c’est vous dire si ce n’est pas difficile d’en avoir une», s’exaspérait presque notre élégant et distingué visiteur, à la sortie du pré-vernissage du mercredi soir… à 16h. Il faut le comprendre… allées blindées, chaleur estivale, n’en jetez plus, la coupe de champagne Ruinart a failli être tiède.

Semaine chargée pour les collectionneurs (chaque galerie qui expose à La Fiac attend nerveusement Pinault ou Arnault –rarement les deux !), les journalistes, les art advisors, les curators de tout poil, les directeurs d’institution ou de musées (FRIC, FRAC…), tout le mundillo de l’art contemporain est venu s’esbaubir devant les stands à 45 000 euros du Grand Palais.

« Betak Fire Unit » chez Alexandre de Betak © Elsa Cau pour Les Grands Ducs

Chez Perrotin et Kamel Mennour, les deux galeristes stars parisiens, le sourire satisfait est de mise. « On a tout vendu ». Pour information, il n’y avait rien à moins de 20 000 euros. « Cette nuit, on décroche tout et on change. Ce matin, un couple s’est arrêté devant les tirages d’Araki… » La sales manager de la galerie, blonde rigolote et surexcitée, nous désigne un mur façon ‘cabinet de curiosité’ (la grande mode depuis quelques années, un accrochage à touche-touche dans une alcôve). « Ils ont commencé à en choisir une, deux, se tordant le cou pour comprendre les positions, ils n’étaient pas d’accord… Du coup, ils ont décidé de prendre l’ensemble. » C’est ça, la FIAC. Quand vous, vous hésitez au supermarché, devant deux dentifrices, le collectionneur lui, fait de même sur les stands de ces galeries prêtes à bondir sur leur proie.

Cette année, il y a l’embarras du choix : pêle-mêle, les grandes stars vivantes (Lee Ufan, aperçu au détour d’une allée, Jean-Michel Othoniel, Claude Viallat), mortes (Picasso, Ernst, Klein, Basquiat) ou futures (Laurent Grasso, Philippe Parreno, Wang Du…).

Un peu plus loin, c’est branle-bas de combat. Chez cette galeriste aux dents longues, les vendeurs aux statuts internationaux sont sur le pied de guerre. « Ca va mon décolleté, pas trop profond ? » nous demande une très jolie brune pulpeuse au V aussi vertigineux qu’une voûte de cathédrale gothique.  « Non non », ment-on en détournant le regard, #metoo oblige.  « Tu vois les deux tableaux, là, derrière moi ? Si je les vends, ils sont sous option jusquà ce soir, c’est la grosse fête ! »

Street Painting devant le Petit Palais, © Galerie Loevenbruck

La fiesta du jour, elle se déroulera plus tard grâce à Emmanuel Perrotin (encore lui), où tout le monde de l’art se pressera au fin fond du XIVè arrondissement… même ses concurrents les plus acharnés. Entre le (nouveau) ministre de la culture croisé en coup de vent et Jacques-Antoine Granjon (Vente Privée), toujours cool, nous avons visé les parents des frères Bogdanoff (nous maintenons, leur chirurgien est un criminel), et quelques fashionistas égarées entre des Basquiat de qualité muséale et des lettrages un peu ridicules chez Thaddeus Roppac.

Le Pop art et la Figuration Narrative sont en retrait cette année, mais les textiles (et pas seulement Sheila Hicks) ont le vent en poupe, notamment les tapis et autres tapisseries. Pas mal de fleurs (et quelques belles plantes), du macramé et de la céramique, également de la pieuvre, pour donner le « la ».

Il y a du Franz West chez David Zwirner (forcément, il a une rétrospective à Pompidou), du Soulages chez Kirsten Greve, et pas mal de foutage de gueule. A noter le très beau stand (bien fourni en Supports/Surfaces comme d’habitude) de Ceysson & Bénétière et celui, qu’on n’a pas compris, de l’excellent Hervé Loevenbruck, mais les éviers en pierre c’est pas notre tasse de thé.

A se demander si, quand on a pas les poches aussi profondes qu’un chalutier espagnol dans l’atlantique sud, ce n’est pas le show qui est le plus exaltant. « T’as vu, j’ai une tenue pour la FIAC », dit l’une. « Une seule ? Mon Dieu quelle horreur ! », s’étouffe l’autre. Le pire c’est que ce n’est même pas une caricature. Et la bonne nouvelle c’est que ça marche, bien que les artistes français (encore vivants) ne s’en soient pas rendu compte.

FIAC 2018 © Marc Domage

En sortant à 21h, certains se demandent où il faut aller après. « Tu passes à Art Elysées (une foire voisine alternative ndlr) ? » demande un petit chauve à lunettes à une bavarde rondouillette (sans doute une historienne de l’art) ? «Non mais franchement tu crois que j’ai que ça à faire ? ». Nous oui.