Véritable ovni cinématographique dans la catégorie films de science-fiction, Gattaca et son monde sous contrôle sont un formidable paradis artificiel esthétique d’un rétrofutur raffiné et inquiétant. 20 ans après, il pose toujours la question de la génétique et de sa manipulation sur l’homme… En apparence, en tout cas, ce dernier continue de porter le costume !

Par Guillaume Cadot

L’histoire

Dans un monde futuriste, les humains sont « valides » ou « non-valides » suivant leur conception in vitro ou naturelle. Le programme spatial Gattaca ne recrute que la crème des humains valides. Vincent n’est pas valide, il rêve des étoiles mais son souffle au cœur lui interdit d’embarquer dans les fusées des meilleurs. Son combat de chaque instant pour être accepté dans ce monde validé passera par Jérôme, un valide accidenté, auquel il prendra son identité et son rêve…

On aime

En 2011, la NASA désignait Gattaca comme le « film de science-fiction le plus plausible de l’histoire du cinéma ». En effet, la puissance de l’œuvre n’est pas dans les effets spéciaux, les objets et les décors futuristes ou extravagants. Au contraire !

Véritable bijou sorti en 1997, tant pour l’atmosphère que le scénario, Gattaca, recèle de clins d’œil futuristes d’une société eugéniste, de l’escalier ovale de l’appartement de Jude Law qui reprend la forme de double hélice de l’ADN, aux lettres G, A, T et C mises en surbrillance dans le générique du début qui forment le titre du film et qui codent les éléments de base de l’ADN, en passant par le couloir de la fin du film calqué sur celui de 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968)…

Gattaca plonge le spectateur dans une ambiance pesante qui fait penser au Meilleur des Mondes de Huxley ou à 1984 d’Orwell ; lumières froides, architecture géométrique bétonnée, mines grises, regards vides, costumes sombres. Seul les battements du cœur irréguliers de Vincent donnent vie à cette atmosphère. Il est le grain de sable dans les rouages d’une société contrôlée et régulée.

Parce que les moyens de la production étaient limités, le réalisateur Andrew Niccol (scénariste du film The Truman Show) a conçu l’histoire dans un style rétro-futuriste apportant toute la force au film ; Gattaca reprend les décors utilisés par George Lucas dans THX 1138, le bâtiment du centre de recherches spatiales n’est autre que le Marin County Civic Center imaginé par Frank Lloyd Wright, les costumes s’inspirent des années 40 et les voitures sont un hommage au design des années 60 et leur avant-gardisme. Des symboles de l’Amérique nous replongeant dans une science-fiction vintage, où les costumes formels remplacent les combinaisons des astronautes…

Les hommes sont habillés en costumes croisés à fines rayures et chemises avec leur narrow peak collar, portent des cardigans sans manches et des trench-coats, se coiffent d’un Fedora dissimulant leurs cheveux gominés. Les forces de police ont troqué l’uniforme pour un ensemble monochromatique costume droit, chemise, cravate, manteau et chapeau. La femme incarnée par Uma Thurman (qu’on venait de découvrir dans Pulp Fiction) en tailleur strict et chignon impeccable, symbolise la perfection féminine de ce monde élitiste.

Seul Jude Law (Jérôme), dans son rôle de valide alcoolique cloué sur un fauteuil, porte de la couleur. Comme pour mieux exprimer sa rébellion face au monde des valides clonés ; son cardigan sans manches en maille couleur bordeaux et sa cravate froissée clair s’opposent au style impeccable de Ethan Hawke (Vincent) qui marque la volonté à vouloir se fondre dans la masse élitiste en prenant les traits du « valide » Jérôme.

On retient quoi ?

Le costume croisé sombre. Le complet croisé pose son homme ! L’élégance et l’attitude passent par une ligne resserrée, un maintien croisé que cette veste à double boutonnage permet. Choisissez-le dans une belle flanelle pour cet hiver, regardez comment Agnelli le portait et vous verrez, il est plus facile qu’il n’y paraît. Pas besoin d’être banquier zurichois.

 

Après trop de sprezzatura, revenir à une élégance plus classique. Oui, la nonchalance mal employée conduit au relâchement et au laisser-aller. Vous avez déjà opté pour le costume croisé (voir ci-dessus), essayez de tenir la ligne en adoptant un peu plus de rigueur dans votre tenue. Replongez-vous dans les classiques de l’élégance. Structure, veste un peu plus longue, pantalon un peu plus large, ne sont pas des gros mots ! Le style « classique » donne des limites de style à ceux qui les ont perdues en suivant les modes.

L’avenir des classic car passe par l’électricité. La voiture du futur prendra-t-elle les traits des automobiles d’antan qui faisaient appel à de véritables carrossiers tout en optant pour une motorisation « propre » ? C’est ce que semble nous proposer le réalisateur Andrew Niccol dans Gattaca avec ses DS, Rover P6 et Corvette électrisés. Il récidive dans son second film In Time (2011) où la vie du futur est régie par le temps ; Justin Timberlake est aux commandes d’une Jaguar Type-e électrique, poursuivi par des Dodge Challenger à piles… Sept ans plus tard, Le prince Harry se marie dans la future Zero E-Type de Jaguar. Past is the new future.

G.C.