Au cœur du Valais suisse, un grand hôtel avec vue, à 1650 mètres d’altitude, où la chaleur de l’accueil et l’atmosphère chaleureuse d’une maison de famille donne au visiteur le sentiment de séjourner chez des amis qui aiment recevoir… Bienvenue au Bella Tola !

Par Patricia-M. Colmant

Bella Tola

Comme se plaît à le dire Anne-Françoise Buchs, l’hôtesse de la maison, ceci n’est pas un hôtel. Et si le Bella Tola, lové à flanc des montagnes suisses du Valais, mérite largement ses quatre étoiles au regard du service offert, l’hôte a plutôt le sentiment de séjourner dans une gentilhommière où l’on prend soin de lui à chaque instant.

C’est une grande bâtisse blanche, située à l’entrée du village de Saint-Luc, au cœur du Val d’Anniviers, au charme désuet. Volets bleus, véranda ouverte au mobilier de rotin recouvert de peaux de mouton. On aimerait entrer, mais on a aussi envie de s’asseoir dehors, même si la température est fraîche.

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Dès le seuil franchi, on se sent bien, enveloppé de douceur. Dans le hall d’entrée très fleuri, des peintures trahissent le passage d’artistes plus ou moins talentueux et créent un décor de maison familiale. « La plupart de ces tableaux ont été offerts au siècle dernier par des résidents qui n’avaient pas les moyens de payer leur séjour » explique Anne-Françoise Buchs.

C’est cette longue tradition d’accueil et de compréhension à l’égard de ses pensionnaires qui constitue le terreau de charme du Bella Tola.

Tout commence par les Anglais. A l’origine du tourisme dans les Alpes, nos amis britanniques débarquent, au milieu du XIXe siècle, dans les petits villages aux maisons de bois du Val d’Anniviers où l’infrastructure hôtelière est inexistante. A Saint-Luc, ils séjournent chez le curé qui, vite débordé, sollicite l’aide de Pierre Pont, un édile aisé du village. Ce dernier ouvre en 1859 sa grande maison de pierre aux touristes.

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Malgré ses multiples fonctions : paysan, vigneron, guérisseur, député, relais de poste, puis du télégraphe, Pierre Pont prend goût au métier d’hôtelier. En 1884, il entreprend la construction de l’actuel Grand Hotel Bella Tola, bâtiment de quatre étages et quarante lits. La capacité sera doublée dix ans plus tard, lorsque la famille Pont fait construire une annexe dans laquelle elle installe, révolution pour l’époque, une salle de bains et des cabinets de toilette. Si de nos jours, tout est bien moderne, les Buchs ont préservé le cachet XIXe de ces équipements sanitaires…

La grande salle à manger, aménagée vers 1895 pour une centaine de couverts, a gardé son gros poêle en pierre réfractaire, son plafond bucolique et ses tables de fin de siècle amoureusement entretenues par Fabienne Delaire, maître d’hôtel du Bella Tola et seconde mémoire des lieux.

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Car la première est bien-sûr Anne-Françoise Buchs qui, avant de devenir la propriétaire en 1996, y a fait son premier stage de serveuse, à 20 ans. C’était en 1984, l’année de la transmission de l’hôtel à Olivier Pont, héritier de la 4è génération. Plus dandy qu’hôtelier, l’arrière-petit-fils du fondateur « vit sur la bête ». Il vend les tableaux, les meubles anciens et tout ce qui peut lui permettre de mener grand train.

Le Bella Tola périclite faute d’investissement. Malgré cela, Anne-Françoise qui y est employée, est viscéralement attachée à l’hôtel. Avec son mari Claude, ils trouvent, en 1995, les fonds pour acheter ce qu’il reste d’une splendeur passée devenue bien mitée.

« Notre chance est que mon mari est très bricoleur. Il a commencé à refaire les chambres, les unes après les autres. Nos filles nous ont aidé » raconte notre hôtesse. De son côté, son talent de décoratrice, son art du bouquet, sa quête du détail ont rapidement transformé la pension de famille poussiéreuse. « Depuis le premier jour nous réinvestissons tout dans la rénovation. Chaque année nous fermons après Pâques jusqu’au 15 juin, une période dédiée aux travaux. Nous cherchons toujours les meilleurs matériaux : papiers peints anglais, robinetterie allemande et tissus français » ponctue-t-elle en riant. Une politique qui porte ses fruits. « Nous avons obtenu en 2001 le prix de l’hôtel historique suisse. Cela nous a beaucoup aidé pour passer le cap du début du XXIe siècle ».Bella Tola4

Et trois ans plus tard, c‘est le grand saut dans l’univers du bien-être moderne avec la construction d’une piscine couverte, complétée d’un sauna, un bain-vapeur et des salles de massage. Idéal pour se remettre d’une journée de ski sur les pistes de Chandolin ou de quelques heures de randonnée sur les chemins de montagne. L’hiver le feu de cheminée se reflète dans l’eau verte. L’été, la véranda qui protège l’espace thermal s’ouvre sur les jardins, la vallée et, au loin, les forêts de Crans-Montana, sur l’autre versant.

Encore aujourd’hui, les projets ne manquent au couple Buchs. Leur souci d’accueillir au mieux leur clientèle s’étend à la recherche d’excellence de la table. Le chef breton Goulven Tourmel nous a servi une terrine de légumes verts adoucie d’une émulsion safranée, suivie de filets de perche à la crème de coquillages poivrée sur un lit de risotto au parmesan. Un menu où ni la France, ni l’Italie ne sont loin, au coeur de ce Val d’Anniviers, pays où le fromage est parfois un peu trop présent au menu…

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Le soir, les convives ont le choix entre un dîner au coin du feu et son atmosphère montagnarde, une table au bistrot, la grande salle à manger des miroirs aux accents victoriens, ou quelques alcôves plus intimistes. « L’essentiel c’est que nos hôtes se sentent à la fois servis et un peu chez eux ou chez de bons amis » ponctue Anne-Françoise qui jamais n’oublie que « l’hôtel doit sa survie à la fidélité de la clientèle ». Une fidélité que les petites attentions et le grand bien-être, qui se dégage de ce mix entre grand hôtel chic de la Belle Epoque et auberge de montagne, ont su entretenir depuis près de 170 ans.  

P-M.C

Bella Tola Grand Hotel
Route Principale 8
3961 Saint-Luc
Tel : +41 27 475 14 44