De l’avis général, la foire parisienne de la photographie d’art qui se tient jusqu’à dimanche au Grand Palais est l’un des évènements du genre les plus importants au monde. Et l’édition 2018 particulièrement hot. Choses vues (et surtout entendues) à Paris Photo…

Par Aymeric Mantoux

Paris Photo au Grand Palais D.R.

« Il y a des choses amusantes, aguichantes, parfois, mais quand même moins de foutage de gueule qu’à la FIAC », s’exclame un dandy à l’écharpe rouge sur le point de quitter le Grand Palais… par l’accès VIP évidemment, côté Mini-Palais, où les habitués comme Alain Genestar (Polka) auront réservé leur table.

A cette heure tardive, le Ruinart commence à faire son effet. Les règlements de compte sont pires qu’à OK Corral. « C’est quelqu’un d’un peu affreux par moment », dit d’un grand photographe un collectionneur effrayé. « Tu savais qu’elle était devenue conservatrice en chef ? » s’esbaubit une grande tige blonde. « Non, c’est pas vrai ? » lui répond, interdite, sa bonne copine.

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Cai Dongdong, obstacle 5, 2017, M97 Gallery © Aymeric Mantoux pour Les Grands Ducs

Dans les allées de Paris Photo, il est plus rare qu’on entende « Oh, quelle belle galerie » (authentique), mais ça arrive, heureusement. Il y a foule et d’ailleurs à l’entrée on était totalement débordés. Certains collectionneurs, rebutés par l’heure de queue, ont même fait demi-tour. « Je vais chez Sotheby’s, tant pis« .

Dommage, la qualité était au rendez-vous. Avec beaucoup de noir et blanc et les grands classiques historiques Kertesz, Hans Bellmer, Avedon, Depardon… Dont cet accrochage muséal des portraits de l’ouest américain de Richard Avedon (Galerie Hamiltons), avec un éclairage soigné, subtil, magnifique ; de beaux portraits chinois quoiqu’un peu angoissants d’Erwin Olaf chez Magda Danysz (où l’on a croisé Marc-Antoine Granjon, le collectionneur fondateur de Vente Privée, et Marc Simoncini – Meetic), toujours dans son temps.

On a aussi remarqué deux très beaux Lorenzo Vitturi à galerie Flowers, des Charles Fréger, chez Catherine Langlois, des William Wegman en veux-tu en voilà. Beaucoup de clics, mais pas de grande claque. A une exception près, le stand de Suzanne Tarasiève, d’une rare qualité. Et ça marche. « L’an passé c’était pas formidable » lâche une galeriste à un confrère chez Photo & Contemporary. « Oui, c’est mieux cette année« , acquiesce-t-il.

Un peu plus loin, une vendeuse chez Templon devant un petit format de David La Chapelle : « Celui-ci a été vendu ce matin, mais j’en ai deux autres« . Bien sûr, il y a toujours des exceptions… « J’aimerais bien m’en débarrasser, mais ça intéresse peu les gens« , murmure un homme tout de noir vêtu, sans que l’on sache s’il parle d’un tirage baryté d’une curiosité, de son lévrier afghan ou de son ex-mari.

Forcément, on tombe aussi sur Yann Arthus-Bertrand, toujours content : « Il m’a donné une photo pour une vente aux enchères. 40 000 euros, c’est vachement bien« . L’un de ses interlocuteurs hoche la tête. « Tu te souviens de ce type qui a un énorme musée en Chine ? Je vais essayer de lui vendre une photo« . Allez, un peu d’ego ça fait toujours plaisir. « Tu te souviens, on a fait ça il y a 30 ans« , assure un russe devant chez Gilles Peyroulet. Mais ce n’est pas grave. « On se fait un selfie délire comme chaque année« , sourit un grand enfant.

Bien sûr, entre la présence notable de la photographie africaine contemporaine, cette manie (comme à la FIAC) de tout broder ou d’imprimer sur des textiles, ou le chassé-croisé Avedon (eh oui, encore) / Wharol chez Gagosian, il y a de tout et pour toutes les bourses, des poétiques contes d’été de Catherine Henriette (Sit Down, à partir de 600 €), aux mastodontes à 100 000 €.

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Natalia LL © Aymeric Mantoux

On se demande encore, comme ce visiteur « Mais où sont les artistes émergents » Pas dans le secteur « Curiosa », sous le grand escalier, au titre pourtant prometteur. Depuis la pub, on sait désormais que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en font le moins… Hormis les Araki (toujours un bon choix, comme chez Kamel Mennour à la FIAC, les collectionneurs en raffolent), on a surtout goûté les Daido Moriyama (Galerie Akio Nagasawa) ou les évocations poétiques de la polonaise Natalia LL et de Renate Bertlmann.

Renate Bertlmann

Renate Bertlmann © Aymeric Mantoux

En vérité les œuvres érotiques n’étaient pas là où on les attendait. Mona Kuhn, Neil Lang, Joan Lyons, Sasha Stone, Senta Simond, Ralph Gibson (splendide Leda, notre photographie à la une, censurée par Instagram !) ou Cai Dongdong parsemaient les allées de leurs photos voluptueuses, avec plus de licence, de liberté et d’audace que la section censée leur être dévolue.

Quand au sujet du moment, la spécificité du regard photographique féminin sur l’érotisme, à l’heure du #metoo, on se gardera bien (pour une fois !) d’ajouter de l’huile sur le feu. L’érotisme ? Qu’importe que ce soient « elles » ou « eux »… pourvu qu’il y en ait.

A.M.

Paris Photo, édition 2018, au Grand Palais jusqu’au 11 novembre