Ces derniers mois, les amateurs ne seront pas passés à côté du tremblement de terre provoqué par les lancements simultanés de quelques gins japonais. Après le whisky, l’Occident aiguise donc son palais à de nouveaux combos épicés, fruités voir herbacés venus tout droit de l’archipel nippon…

Par Yves Poupon

gin nikka

© Joann Pai

Historiquement, l’apparition des whiskies nippons en France date du début des années 2000. On découvre alors que le Japon distille depuis un peu moins d’un siècle. S’incrustant, en un peu moins de quinze ans, à la table des grandes nations du whisky, le Japon s’impose aux côtés de l’Ecosse, de l’Irlande ou des Etats-Unis, raflant au passage une série de récompenses sur la scène internationale… Séduisant par leur audace, leur équilibre et leur justesse.

roku

© Roku

La vague de malt passée, voici que s’installe, depuis plusieurs mois, quelques flacons aux kanjis expressifs (caractère chinois de l’écriture japonaise, ndlr). Juste avant l’été, le groupe Suntory dévoilait ainsi en France son Roku. Un gin harmonieux oscillant à merveille entre tradition et modernité. Les six facettes du flacon en représentent les six ingrédients, qui forment la base organoleptique du spiritueux. On flirte avec les fleurs de cerisiers, le thé Sencha, le poivre du Sichuan ou l’écorce de Yuzuu. Bien dosés, la richesse et l’originalité des ingrédients s’y révèlent subtilement.

nikka

Nikka © Joann Pai

Joli combo également pour le Coffey Gin de chez Nikka, l’un des derniers rejetons de la distillerie de Miyagikyo située au nord-est de l’île principale de Sonshu. L’alambic en colonne composait jusqu’à présent des whiskies à base de grain, voici la version toute en genièvre. L’élégance de l’expression navigue entre fraîcheur parfumée et amertume raffinée. Davantage sur l’agrume en bouche, la finale explose sur le Sansho, un poivre japonais aux notes acides ajoutant ainsi un exotisme intriguant, qui épousera parfaitement le pétillant d’un tonic de qualité.

Bien qu’artisanale, la qualité se révèle également incontournable dans le processus de distillation du Kinobi gin. La distillerie de Kyoto a vu le jour il y a peu, en 2015, mais le distillat marque déjà de son empreinte le fleuron des bartenders européens.

© Kinobi

Pour Kinobi, le processus de distillation est tout à fait original : les ingrédients de base, le citron, le thé, les herbes, les épices et le floral sont d’abord macérés dans un alcool de riz neutre, puis distillés séparément. Le résultat est savamment assemblé avant d’être allongé d’une eau réputée depuis des millénaires, par les producteurs de saké locaux, la Fushimi. Souple, onctueuse et savoureuse elle conjugue à merveille la composition des arômes, donnant à ce gin un supplément de gourmandise qui ne laissera pas indifférent.

Dans le monde des spiritueux comme au jeu, les cartes n’ont de cesse d’être rebattues. Le gin japonais attire désormais tant les passionnés de belles eaux de vie que les geek de mixologie. Une nouvelle vague qui ne laissera pas indifférent non plus, à plus large échelle, les curieux et les élégants…

Y.P