Courez-y ! Présentée jusqu’au 10 février, la rétrospective consacrée au créateur Gio Ponti (1891-1979) au MAD met en lumière la carrière prolifique de l’architecte, designer et décorateur qui s’étend sur près de 50 ans. Focus sur trois réalisations de l’artiste…

Par Pauline da Costa Sampieri

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Difficile de résumer en quelques lignes l’héritage de Gio Ponti. Insatiable créateur, formé à l’Ecole Polytechnique de Milan (passage obligé), Gio Ponti est la figure de proue du design italien. Graziella Roccella, architecte et auteure de plusieurs essais sur le créateur le voit comme “l’incarnation de l’homos ludens”, l’homme qui joue. Sa rigueur formelle, sa passion pour la décoration, son ironie et ses facéties font de lui un véritable maestro de l’art de vivre.

Les premières années de sa carrière sont marquées par sa collaboration avec la maison Richard-Ginori. En 1923, Ponti en est nommé directeur artistique. Il renouvelle alors la production en puisant dans les archives des dessins néoclassiques qu’il remet au goût du jour par l’association de motifs et l’utilisation de couleurs vives. Ici naît son amour pour la céramique, sa plasticité, son éclat. Le matériau deviendra l’une des signatures de l’artiste.

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Vase réalisé avec Richard Ginori D.R.


C’est d’ailleurs avec cette expérience que s’ouvre l’exposition. La mise en scène un peu grandiloquente (par Wilmotte & Associés) regroupe quelques 500 pièces. Si le parcours chronologique suggéré permet une appréhension globale de l’oeuvre, on peut cependant naviguer dans cet univers comme bon nous semble…

Une maison pour rêver : l’Ange Volant

En 1926, Albert Bouilhet, petit-fils de Charles et directeur de la maison d’orfèvrerie Christofle, demande à Gio Ponti de construire sa maison de campagne (la réalisation est achevée en 1928). C’est à Garches, où Le Corbusier et Auguste Perret ont déjà officié, que Gio Ponti réalise ainsi sa première architecture transalpine.

En collaboration avec Tomaso Buzzi et Emilio Lancia, Gio Ponti pose ici tous les principes de sa fameuse casa all’italiana : le hall central dévoile un escalier d’apparat desservant deux niveaux ; un magnifique plafond, réalisé là aussi par l’architecte, rappelle un dais de théâtre et annonce ses futures collaborations avec les arts de la scène ; le sol mêle tour à tour linoléum rouge, céramique et terrazzo ; des niches aménagées reçoivent de grands vases à l’antique réalisés par Richard-Ginori, les miroirs gravés d’anges sont signés Fontana Arte et la rampe d’escalier en laiton, Christofle, pour qui Ponti réalisa des modèles tout au long de sa carrière.

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L’Ange Volant © L’Express

De style palladien, la villa classique jouit de tout le confort moderne. La distribution parfaitement symétrique est tripartite : espaces dédiés à la nuit, au jour et au service.

Fenêtres, frontons et occuli rythment la façade tandis qu’une terrasse donne sur le jardin à l’italienne. Cette oeuvre à la perspective théâtrale et à l’harmonie parfaite érige Gio Ponti au rang de maestro.

Une icône à s’offrir : la Superleggera

Vous l’avez déjà aperçue dans de nombreux intérieurs tant cette pièce est une icône du design. 
La Superleggera est la parfaite fusion de l’artisanat et de l’industrie. Elle s’inspire d’un modèle vernaculaire d’une simplicité formelle déconcertante : des barreaux pour la structure, de la paille tressée pour l’assise. Il faut cependant 10 années de recherches pour aboutir à cette ligne d’une pureté sans égal.

Gio Ponti et la Superleggera D.R.

Créée en 1957, elle est dénuée de tout superflu. La structure en frêne cintré et le piètement triangulaire offrent la légèreté tant recherchée… Au propre comme au figuré : un kilo et sept cent grammes seulement pour ce profil effilé qui se soulève du petit doigt !

Dès sa création, le modèle est produit par la maison d’édition Cassina. C’est d’ailleurs Gio Ponti, en collaboration avec Cesare et Umberto Cassina, qui fait entrer cet atelier artisanal du XVIIIe siècle dans l’ère industrielle, participant à ce qui deviendra par la suite le faire-valoir de toute une génération de designers.

Une expérience à vivre : une nuit à l’Hôtel Parco dei Principi, Sorrente

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A l’hôtel Parco dei Principi, D.R.

Au début des années 1960, Gio Ponti est sollicité par le magnat de l’hôtellerie italienne Robert Fernandes pour participer à la construction d’un hôtel surplombant le golfe de Naples. S’il n’est pas l’architecte de ce bâtiment blanc fendant la falaise, Gio Ponti a réalisé tout l’aménagement intérieur ainsi que celui du parc arboré bordant le site.

Là vous attend l’un de ses chefs-d’oeuvre. L’immersion est totale, à commencer par la prédominance du bleu, qui floute la frontière entre intérieur et extérieur, puis bien sûr l’utilisation de la céramique, son premier amour ; celle qui permet toutes les fantaisies. Les 30 modèles de carreaux qui sont créés permettent un assemblage unique pour les cent chambres de l’hôtel. Dans l’entrée, Ponti fait appel à l’artiste Fausto Melloti pour la création de carreaux uniques. La fresque de galets en céramique du hall rappelle les grottes des jardins baroques. Une véritable ode à l’Italie, en somme.

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Parco dei Principi, D.R.

On sait, l’été et la côte amalfitaine vous paraissent loin… Vous pouvez toujours aller jeter un oeil à Rome, où un pendant de cet hôtel a été réalisé en 1964 dans une chromie vert et jaune…


Ponti, c’est la quintessence du design. Grâce à ses deux revues devenues culte, Domus et Stile, il est l’un des acteurs majeurs de l’architecture moderne et de sa promotion. L’expression facile “de la cuillère à la ville” est l’illustration parfaite des recherches de Ponti. Créateur libre, il est à l’image d’une certaine Italie : humaniste et élégante.

P.d.C.S

Tutto Ponti, Gio Ponti archi-designer

Au Musée des Arts Décoratifs (MAD)
Jusqu’au 10 février 2019
Entrée 11 €.