Festin gastronomique ou ripaille débridée ? Nous, on aime les deux. La table généreuse, les convives prêts à en découdre, les petits plats dans les grands, tout ce qui annonce le repas de fête : de l’amusebouche et la succession de hors-d’œuvre taquins au plat qui entre en résistance, jusqu’aux fromages sur leur plateau et le chariot des desserts… On termine avec le trio “café, pousse café, cigareà la Jean-Paul Belmondo dans L’Alpagueur. Mais avant de passer à table, on révise nos films gargantuesques et gastronomiquement incorrects, pour démarrer le compte à rebours avant les fêtes…

Par Guillaume Cadot

La table décadente : La Grande Bouffe, 1973

Quatre garçons qui n’ont plus d’avenir décident d’en finir à huis clos en se suicidant par la nourriture sans limites, accompagnés de femmes consentantes. Orgiaque et boulimique, le film qui fit scandale à Cannes ne laisse pas sur sa faim. La bourgeoisie décadente à coups de bruits de pets, plats rabelaisiens (livrés par Fauchon) et sexe débridé annonce la fin d’une époque et les prémices du politiquement correct. Cochons rôtis, pâté de chevreuil, seins en gélatines, purée « médicale » et pâte à tarte « Ferréol » engloutis par Michel Piccoli et son col roulé rose, Marcello Mastroianni et sa Bugatti Type 37A, Philippe Noiret et sa robe de chambre, Ugo Tognazzi et son tablier. Un film qui ne se digère pas facilement.

 

La table bistrotière : Le Tatoué, 1968

Manger des tripes sans cidre c’est aller à Dieppe sans voir la mer”. Gabin et de Funès attablés côte à côte dans un bistrot : le costaud, ancien légionnaire, tatoué dans le dos d’un Modigliani, expliquant au petit roublard, futur acquéreur du chef-d’œuvre tatoué, qu’il ne sait pas vivre si seul son argent vit ! Les deux comparses enchaînent tripes et choux farcis aidés d’un petit calva avant de s’attaquer au civet de lièvre arrosé de Beaujolais. On finira par des profiteroles.

Le casse-croûte de comptoir : Calmos, 1976

Satire franchouillarde et burlesque premier degré racontant deux quarantenaires des seventies qui en ont ras-le-bol des femmes en général et des leurs en particulier. Décidant de prendre le large, Marielle et Rochefort sont au sommet du machisme, sans oublier Blier en curé ripailleur : on est dans la culture de comptoir. Le tête à tête nocturne entre nos deux moustachus séparés par une montagne de cochonnailles discutant sur les bienfaits du cholestérol est une vraie brève de comptoir tout comme le dîner préparé par Bernard Blier arrosé copieusement. A (re)voir avec une belle planche tout cochon.

La table ouverte : Big Night, 1996

L’histoire d’une famille d’immigrés italiens tenant un restaurant dans le New Jersey des années 1950, qui se voit confier la préparation d’un banquet extraordinaire qui pourrait sauver leur affaire. La scène culte est la préparation du “Timpano”, un plat typique de la petite ville de Calabre, sorte de gâteau haut en croûte avec de multiples couches de pâtes, de viande, d’oeufs et de fromage. Léger !

La table explosive : The meaning of life, 1983

Dernier long métrage des Monty Python, le film est construit sur une série de sketches qui se moquent des différentes étapes de la vie d’un homme. La symbolique de la boulimie prend forme dans un grand restaurant où le repas gargantuesque ingurgité par un homme obèse transforme la salle en vomitorium géant et le conduit à l’explosion au sens premier du terme. Ne jamais finir son repas avec un carré de chocolat ! Avis aux estomacs délicats : ne pas regarder cette scène !

La table sonore : The Nutty Professor, 1996

Quand la famille du professeur Foldingue se retrouve à table, ce n’est pas pour faire semblant. On parle de l’embonpoint familial en se bâfrant de mets dignes d’un repas de Thanksgiving. Eddy Murphy joue presque tous les personnages de la famille qui ne sait vraiment pas se tenir à table… A regarder avec son neveu et des pop-corn.

La table exotique : Indiana Jones et le Temple Maudit, 1984

Sûrement le dîner festif le plus exotique jamais conçu. Âmes sensibles s’abstenir ! Vos enfants refusent de goûter aux huîtres ou à la peau grillée d’une dinde ? On visionne vite le menu du dîner organisé par le Maharadjah en l’honneur d’Indiana Jones : python géant garni de ses petits serpents vivants, mygales farcies, soupes aux yeux de mouton et le fabuleux dessert à la cervelle de singe servi dans son crâne.

La table des affranchis : The Goodfellas, 1990

Même en prison, l’esprit de la famiglia opère. Quand il s’agit de se mettre à table, on oublie le réfectoire et la gamelle. On se fait livrer les produits frais dans sa cellule pour dix personnes et on prépare les pâtes à la tomates et aux boulettes de viande. L’ail est tranché fin au rasoir, il y a des oignons, beaucoup de tomates, des viandes, de la saucisse et surtout un long mijotage. La recette vient de la mama Scorcese. Et c’est Vinnie, le papa du réalisateur, qui touille la sauce en personne et en prison dans cette scène mythique.

La table à la française : L’Aile ou la Cuisse, 1976

Duchemin contre Tricatel, la gastronomie française contre la bouffe d’autoroute. Tel est l’enjeu de cette comédie où le tandem Funès-Coluche fonctionne à merveille face à l’ogre Guiomar. La scène des plats Tricatel dégustés par Louis de Funès sous la menace d’un canon de fusil, ou encore celle de la dégustation de la grande cuisine française à l’hôpital par un Duchemin qui souffre d’agueusie donne envie de réviser ses classiques :  vol-au-vent, poularde demi-deuil, loup en croûte, bûche au beurre !

La table politique : La Crise, 1992

Un film ô combien actuel traitant de l’égoïsme et des inégalités sociales. Vincent Lindon perdu accompagné de Patrick Timsit en SDF pot-de-colle et plein de bon sens se retrouvent à table chez un député de gauche dont les enfants macrobiotes ont décidé de jeter le dîner bourgeois à la poubelle. Une discussion animée s’ensuit qui vaut bien nos dîners de famille !

La porn foodPartie de chasse en Sologne, 1979

On vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître… Le film pour adultes qui a fait partie des joie des premiers abonnés de Canal +, racontant un week-end à la campagne entre Madame et son garde-chasse, deux servantes et de nombreux invité(e)s pour alterner battue aux canards et parties pas que fines. Le dîner “retour de chasse” avec gibier à plumes sur la table et convives à poil sous la table rend sa vraie définition au “food porn”. Avec Brigitte Lahaie bien sûr. Vous trouverez bien le lien !

G.C.