Sacré Best Hotel of the world par le Conde Nast Traveller, la Réserve Paris n’en finit plus d’étonner. Entre restauration pointue et service aux petits oignons, on peut désormais profiter du charme feutré des lieux pour s’élever en petit-déjeunant poésie. Toujours un luxe d’avance !

Par Laurène Bigeaula reserve paris 1

Ce matin de décembre, il ne fait pas bon traîner du côté des Champs-Elysées. Les gilets jaunes donnent déjà de la voix alors que nous nous jouons des barrages de CRS pour pénétrer l’un des fleurons de l’hôtellerie parisienne – et l’un des rares à battre encore pavillon français – et dont l’entrée des artistes se fait du côté d’une rue fort évocatrice : la rue du Cirque. Alors que Paris gronde, ils sont une poignée de « résistants » à s’être attablés dans le calme feutré de la bibliothèque, réservée il y a encore peu à la seule clientèle de l’hôtel.la reserve paris 2

Olivier Barrot, assis derrière son pupitre de lecture, règne là en maître et son regard malicieux filtre de ses lunettes pour nous inviter à un moment presque religieux. Le silence tranche avec la vindicte populaire, la valse des viennoiseries et des boissons chaudes s’opère sur la pointe des pieds. Les nourritures terrestres rejoignent parfois les nourritures spirituelles, tout du moins les premières offrent-elles plus de capacité à recevoir les secondes, nous ne sommes que de pauvres humains après tout…

Dans la veine de sa démarche de faire de la Réserve un hôtel fréquenté des parisiens, l’établissement a mis en place voilà plus d’un an des rendez-vous confidentiels autour de la poésie orchestré par un maestro du genre, le journaliste littéraire Olivier Barrot, dandy discret qui semble s’amuser de chaque page comme on s’amuse de la vie.la reserve paris 3

Car la poésie c’est avant tout de la vie : ce matin-là, c’est un personnage aux vies multiples qui est mis à l’honneur, Cocteau, l’artiste polymorphe, le génie pluriel. Au travers d’une heure et demie, le temps de terminer la salade de fruits et de s’adonner à son troisième expresso, nous revisitons le bouillonnement culturel d’avant-guerre, le très sérieux mouvement surréaliste et l’irrévérence dadaïste, entre autres … La poésie, c’est aussi le rythme et Dieu sait que Jean Cocteau tenait le bon.la reserve paris 4

Au temps suspendu s’ensuit le temps des échanges, d’abord timide puis facilité par la simplicité de ton employé par notre professeur du jour. Comment ne pas repenser avec nostalgie à nos pupitres de lycéen, aux grandes heures de l’apprentissage ! Mais il faut désormais retrouver la vie réelle, où un autre bouillonnement se fait sentir une fois dans la rue. A chaque époque sa poésie….

 L.B.

Les petit-déjeuners poésie de la Réserve
Programme sur le site
32 avenue Gabriel – Paris 8 – de 9h30 à 10h30
Tarif : 65€ comprenant le petit-déjeuner, ainsi qu’une œuvre de l’auteur présentée – nombre de places limitées
Prochains rendez-vous : Blaise Cendrars le 19 janvier, Samuel Coleridge le 2 février, Gérard de Nerval le 16 mars, Alphonse Allais le 13 avril, René Char le 11 mai et Valéry Larbaud le 15 juin.