Il existe tant de légendes et de rumeurs sur les aliments aux vertus aphrodisiaques que les énumérer tous nous occuperait une Saint Valentin toute entière. Quelques uns pourtant ont nos faveurs, tant par leurs qualités gustatives que par les histoires et la mémoire qu’ils charrient. Dotés de vertus d’auxiliaires de la débauche, supposées ou réelles, voilà donc notre petit florilège en ce jour baigné d’Amour.

Thierry Richard

 

La truffe

Dans son Grand Dictionnaire de Cuisine, Alexandre Dumas écrit  : “La truffe, dit Brillat-Savarin, est le diamant de la cuisine ; elle réveille des souvenirs érotiques et gourmands chez le sexe portant robe, et des souvenirs gourmands et érotiques chez le sexe portant barbe ; la truffe n’est point un aphrodisiaque positif, mais elle peut en certaine occasion rendre les femmes plus tendres et les hommes plus aimables.” En faut-il plus pour vous donner envie d’y planter les dents ?

Réputée pour ses vertus aphrodisiaques depuis l’antiquité romaine, on a découvert depuis que son parfum, imitant l’androstérone (hormone sexuelle mâle), exerce sur le sexe opposé une certaine attirance… C’est peut-être la raison qui poussait Grimod de la reynière à écrire, parlant du tubercule : “Servi séparément, c’est un entremets du plus grand luxe et celui auquel les gourmets les plus distingués et les plus jolies actrices du théâtre du Vaudeville (c’est tout dire) donnent la préférence pendant quatre mois de l’année.

 

Les huîtres

Passons rapidement sur leur apparence évocatrice pour remonter le temps et nous arrêter un instant sur une légende très symbolique. Aphrodite, déesse de l’Amour dans l’antiquité grecque, n’apparut-elle pas sortant des flots dans une coquille d’huître avant de donner naissance à son fils Eros ? Voilà qui plaçait le coquillage immédiatement dans un paysage aux connotations sensuelles évidentes. Il n’en fallait pas plus pour que les empereurs romains en fassent un mets de choix, au point de les payer au prix de l’or…

Gustave Flaubert lui-même en célébrait en quelque sorte les vertus : “Déjeuner des garçons : Exige des huîtres, du vin blanc et des gaudrioles.

Plus prosaïquement, les huîtres ont la caractéristique, grâce à leur forte proportion de zinc,  de stimuler la production de testostérone chez les hommes et de cyprine chez la femme. Vous en reprendrez bien une petite douzaine ?

 

Le chocolat

Lorsque, venu d’Espagne, le chocolat fait son apparition à la cour de Louis XIV, son caractère bien trempé, son velouté et sa chaleur font sensation à la cour. Ses vertus aphrodisiaques sont rapidement unanimement célébrées. On raconte que Mme de Pompadour en froid avec le roi en buvait dans l’espoir de réchauffer ses sens. Que Madame du Barry en fait boire de longues rasades à ses amants dans l’espoir de nuits bouillonnantes. Que Casanova ne partait jamais rejoindre une conquête sans avoir au préalable vidé quelques tasses de chocolat amer et puissant. Et, si l’on en revient à l’origine, que l’empereur aztèque Moctezuma en absorbait des quantités invraisemblables, mêlées d’épices, avant d’honorer de mille feux ses multiples partenaires.

Un breuvage inspirant même Brillat-Savarin qui déclarait dans une charmante formule : “Heureux chocolat, qui après avoir couru le monde, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche.

Est-il donc si étonnant que le jour de la Saint-Valentin, les amants s’offrent des chocolats ?

 

L’asperge

Dès l’antiquité égyptienne et grecque, l’asperge connut le succès et la réputation d’un mets aphrodisiaque. Sa forme phallique y fut pour beaucoup : les égyptiens la surnommaient d’ailleurs “tige d’amour et de plaisir”. Quant aux grecs, il consacrait ce légume évocateur à la déesse de l’Amour, Aphrodite.

On murmure que le roi Henri III en faisait servir des quantités extravagantes à ses mignons lors de banquets privés et que Madame de Maintenon la considérait comme une “invitation à l’amour”.

En réalité, la grande quantité de vitamine E contenue dans l’asperge fluidifie la circulation sanguine, ce qui n’est pas sans effet sur l’érection masculine et le relâchement de l’utérus féminin, prémisses d’ébats de belle nature.

 

L’Avocat

Les amateurs contemporains de l’avocado toast ont-ils entendu parler des vertus de l’avocat sur la libido ? Rien n’est moins sûr. Et pourtant… Inspirés par sa forme, les aztèques avaient surnommé l’arbre à avocat “arbre à testicules” (en aztèque, “ahuacatl”, d’où vient le nom avocat, signifie “testicule”), c’est tout dire. Rapporté en Espagne par les conquistadors, l’avocat fut même interdit dans la plupart des monastères espagnols pour les raisons que l’on imagine.

C’est en fait sa richesse en potassium, véritable accélérateur de testostérone qui est mise en avant pour justifier cette flatteuse réputation.

 

Le gingembre

C’est sans doute l’ingrédient dont les vertus aphrodisiaques sont les plus unanimement reconnues. Rapporté d’Asie (on en consomme en Inde et en Chine depuis près de 5000 ans) par les romains, le gingembre s’est aussitôt imposé comme un puissant stimulant sexuel, servi lors des Bacchanales, ces grandes fêtes orgiaques en l’honneur du dieu Bacchus. Un peu plus près de nous, on affirme que Madame du Barry, favorite de Louis XV et courtisane aux multiples conquêtes en servait à ses amants pour doper leur vitalité et accroître leur désir.

Mais au delà de la légère chaleur qui vous envahit lors de sa consommation, rien n’a vraiment été prouvé de ce côté-là.

 

Le céleri

C’est l’inattendu de notre sélection. Celui sur lequel on ne miserait pas un centime. Et pourtant… Ne dit-on pas “le céleri rend la forme aux vieux maris” ? Plante médicinale avant de devenir le condiment que l’on connaît, ce “pénis végétal” qui ne paye pas de mine est pourtant réputé pour ses atouts aphrodisiaques depuis des siècles. Madame de Pompadour, gourmande amatrice de jeux sensuels aurait même déclaré : “Si la femme savait ce que le céleri fait à l’homme, elle irait en chercher de paris à Rome”. On admirera, entre deux performances sexuelles, toute la poésie de la chose.

C’est que le céleri a un effet turbo sur la testostérone, l’hormone sexuelle masculine. Comme le dit l’adage populaire, “si l’homme savait l’effet du céleri, il en remplirait son courtil.” Vous voilà informé(e).