Il existe encore des gens suffisamment passionnés et timbrés pour ouvrir des galeries d’art à Paris. La preuve avec cet espace iconoclaste de la rue des Beaux-Arts, à Saint-Germain-des-Prés, conçu par deux amis chevronnés (qu’on vous a déjà présentés) Hervé Loevenbruck et Stéphane Corréard.

Par Aymeric Mantoux

loeve&co

Stéphane Corréard (à g.) et Hervé Loevenbruck © Aymeric Mantoux pour Les Grands Ducs

Le premier est un galeriste parisien bien installé, au goût sûr, éclectique, dont les stands dans les grandes foires internationales font rêver les plus grands collectionneurs. Passionné d’arts premiers, notamment africains, il excelle à remettre au goût du jour des artistes du XXe siècle que tout le monde (ou presque) a oublié.

Sauf son compère, qui eut pendant vingt ans une galerie, « qui ne marchait pas parce que je gardais pour moi tout ce que j’aimais, c’est-à-dire la plupart de ce que j’exposais, et que j’ai fini par fermer. » Ancien directeur du salon de Montrouge, passionné par la peinture française, les artistes morts et l’art brut, il est devenu critique d’art et a créé le salon Galeristes, après avoir œuvré pendant des années comme expert en art contemporain chez Cornette de Saint-Cyr.

« Avec Hervé, nous sommes amis depuis trente ans. Nous avons toujours acheté et revendu des œuvres d’art ensemble. Comme cela devenait de plus en plus fréquent, on s’est dit qu’on ferait bien de s’organiser. » Les deux compères ont déjà organisé de nombreuses expositions ensemble, dont une récemment consacrée à Frédéric Pardo, ou encore un solo show du peintre Japonais Hiraga à Frieze Masters. « Nous partageons tous les deux un certain regard, confie Loevenbruck. Nous avons un fond commun car nous avons été élevés tous les deux dans l’art des années 60-70 auquel nous sommes très attachés. »

Tous deux formés à l’école Drouot, ils se sont confrontés à des masses d’œuvres, ont appris à faire le tri, par coups de cœur et passions. Leur dada ? Redécouvrir des artistes morts et méconnus qui risquaient de disparaître s’ils ne s’en occupent pas. « Certains méritent aujourd’hui un regard neuf, une relecture qui les replace dans un nouveau contexte », ajoute Corréard. Comme Roy Adzak et ses moulages qui, dans le premier accrochage, a retenu le plus d’attention du public.

Rapidement, leur initiative suscite un engouement tel, que le projet du départ devient plus ambitieux. « Au départ, confirme Corréard, nous avons eu cette idée d’une exposition autour de deux pionnières de l’art contemporain à Saint-Germain-des-Prés, Iris Clert et Jeannine de Goldschmidt, la femme de Pierre Restany, le découvreur des nouveaux réalistes. Rapidement, des collectionneurs nous ont proposé d’exposer des pièces, et on s’est retrouvés avec un show inaugural empli d’œuvres muséales. »

Ils sont venus, ils sont tous là : Tinguely, Klein, Alain Jacquet, Arman. Les visiteurs aussi. Malgré la pluie battante et le froid, les artistes et les curators étaient là pour trinquer avec l’équipe de Loeve. « Notre seul investissement, sourit Corréard, c’est le loyer. Il faut au moins qu’on vende une pièce par an à 30 000 euros. Ce n’est pas impossible. » Surtout quand on sait que nombre des œuvres exposées depuis la semaine dernière ont déjà été vendues ! « Moi je n’ai rien à vendre », explique – comme toujours- Loevenbruck dans un sourire. Sans doute parce qu’il sait mieux que personne susciter le désir et vous faire convoiter une pièce sans en avoir l’air. Ce qui est certain, c’est qu’avec Corréard, ils apportent un supplément d’âme et de pertinence au métier. De l’art d’être galeristes, finalement.

A.M. | En une : Iris Clert lors du vernissage, dans sa galerie rue des Beaux-Arts à Saint-Germain-des-Prés, du peintre Yves Klein, « bas-reliefs dans une forêt d’éponges », en 1959.

Galerie Loeve & Co
17, rue des Beaux-Arts,
75006 Paris
A lire : Iris Clert, Iris.Time, l’artventure