Parce que parler de ski en cette saison fait toujours du bien, on (re)découvre la station de Zermatt, dans le Valais, dont la réputation n’est pas usurpée… Espace skiable unique, équipements dernier-cri et bonnes adresses : deux jours au pied du Cervin pour déconnecter !

Par Patricia-M. Colmant

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Le Cervin, D.R.

En France, on a le Mont-Blanc (4810 m), en Suisse ils ont le Cervin (4478 m). Est-ce parce que ce dernier a été conquis près d’un siècle après le plus haut sommet d’Europe -le Mont-Blanc en 1786 et le Cervin en 1865- qu’il occupe une place de choix dans l’imaginaire des alpinistes ? L’un a des rondeurs quand l’autre pointe ses arêtes acérées vers le ciel, dans un triangle conquérant.

Pour un skieur, même non-aguerri, dévaler une piste au pied du Cervin est source d’émotion intense, comme une relation qui se noue, en fait, un vrai coup de foudre. On le voit, là, sur sa gauche. Il aimante. On ne veut pas le quitter des yeux. Les spatules glissent, mais la tête ne peut s’empêcher de jeter un oeil, pour ne pas en perdre une miette.

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La stationMatterhorn Glacier Paradise, D.R.

Skier au pied du Mont-Blanc c’est une toute autre émotion. Elle est toute en imagination. On ne le cherche pas des yeux. On sent sa forte présence rassurante. On s’imagine protégé par sa masse majestueuse et on glisse, droit devant, le regard au loin. Mais c’est une toute autre histoire : pendant deux jours, on a sillonné les 360 km de pistes qu’offre Zermatt, ancien village montagnard devenu un paradis pour amateurs de belle glisse.

Situé en lisière d’Italie, dans le Valais germanophone, Zermatt est lové au pied d’une collerette de massifs d’altitude qui complètent le Cervin (Matterhorn en allemand) : Mont-Rose, Dent blanche, Weisshorn… soit près d’une quarantaine de massifs de plus de 4000 m dans la région !  Une enclave au bout des 30 km de la vallée de Nikolaital, dans laquelle on ne pénètre qu’en train et ne se déplace qu’à pied à l’exception des voiturettes électriques des commerces et des hôtels. Et après une journée de ski, c’est plutôt plaisant de déambuler dans les rues animées sans se préoccuper de se faire bousculer par une voiture…

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D.R.

Et quelle journée de ski à travers le plus haut domaine skiable d’Europe !

On démarre à 7h30, dès les premiers rayons de soleil. Depuis la station Matterhorn Glacier Paradise, on accède aux pistes vierges, après le passage des dameuses et avant l’ouverture des remontées mécaniques, entre Trockener Steg et Furi. Cette sublime descente d’une quinzaine de kilomètres, encadrée de quelques moniteurs, est unique. Frissons garantis ! La montagne est à soi et si la météo est de la partie, l’expérience reste gravée dans le marbre. Ce sont de longues minutes que l’on partage avec le Cervin, sommet star qui a fait la richesse de ce village suisse depuis qu’un Anglais s’est mis en tête de le conquérir.

C’était en 1865. Edward Whymper, 25 ans, est décidé à être le premier à mettre le pied en haut de cette montagne qui a préservé sa virginité. Une expédition de sept alpinistes, dont un Français, Michel Croz, est montée en trois jours, car le jeune Anglais a appris qu’une cordée italienne va se lancer à l’assaut, côté sud. “Whymper est habité par le Cervin” admettra Felice Giordano, le rival italien malchanceux.

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D.R.

Mais ce succès du 14 juillet 1865 est, encore aujourd’hui, entaché d’un sombre mystère, car la redescente vire au drame. L’Anglais ferme la marche avec les guides suisses, Taugwalder père et fils. Devant eux, l’un des quatre autres compagnons de cordée, Hadow, peu expérimenté, glisse et tombe sur le Français qui s’est placé devant pour aider le novice. La chute est brutale, le terrain instable et Croz, sous le poids, dévisse à son tour, entraînant les deux autres alpinistes Hudson et Douglas dans le précipice. Les trois autres hommes encordés au sommet parviennent à encaisser le choc, en s’agrippant aux rochers, raconte dans ses mémoires Whymper qui précise que la corde a ensuite cédé sous le poids, laissant les 4 compagnons de tête disparaître dans le vide. De nos jours, la communauté d’alpinistes s’interroge toujours. La rupture de la corde était-elle naturelle ou non ? La visite, très intéressante du musée du Cervin, ne donne pas de réponse…

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Le National, D.R.

Avec ses trois domaines, Rothorn, Gornergrat et Matterhorn glacier paradise, Zermatt offre bien des expériences de ski, dont celle accessible par le train à crémaillère du Gornergrat (3100 m). Premier train électrique suisse inauguré en 1898, cette navette donne accès à un espace différent et permet d’explorer de belles pentes, sans doute plus classiques.

Mais le ski ouvre l’appétit ! Pour le déjeuner, arrêt inoubliable Chez Vrony, à Findeln en bord de piste, sous le regard lointain… du Cervin. En terrasse ou à l’abri, l’atmosphère, la déco et la table sont à marquer d’une étoile.

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Chez Vrony, D.R.

Zermatt est bien sûr riche en hôtels et restaurants de qualité. On a aimé le charme désuet du National, apprécié la table du Chalet-hôtel Schönegg situé en bas de la piste de Sunnegga. Et s’il est vrai que la France ne manque pas de superbes espaces offrant un ski de grande qualité, Zermatt a quelque chose d’unique.

P-M.C.

Nos adresses à Zermatt
Hôtel National,
Matterstrasse 39,
3920 Zermatt, Suisse
Chez Vrony
Findeln,
3920 Zermatt, Suisse
Chalet-hôtel Schönegg,
Riedweg 35,
3920 Zermatt, Suisse